Des entreprises d’envergure nationale s’apprêtent à prendre leur envol à l’échelle mondiale. L’exemple le plus récent est le rachat de Volvo par une entreprise chinoise (GEELY) qui a bien l’intention de partir à court terme à l’assaut des grands marchés mondiaux. Le président de Tata, Ratan Tata aussi propriétaire de Jaguar et de Land Rover, était la semaine dernière au célèbre concours d’élégance de Pebble Beach pour célébrer les 75 ans de Jaguar et regarder les possibilités de croissance de cette compagnie indienne sur d’autres marchés de la planète.
Une croissance soutenue
Pour le moment, la croissance des grandes entreprises d’Inde de Chine ou du Brésil est contenue, car les compagnies ont peine à fournir le marché domestique. De 2010 à 2015, la croissance de ces trois pays restera surtout soutenue par des besoins en infrastructures, construction et transports en priorité. Ces investissements transformeront peu à peu une structure de production encore à faible valeur ajoutée en une structure de production à forte valeur ajoutée, sur le modèle des pays de l’OCDE.
Afin d’assurer le rattrapage de la productivité de leurs économies, le Brésil, l’Inde et la Chine concentrent leurs efforts sur le développement des infrastructures.
L’industrie automobile est symbolique de la montée en puissance de ces trois pays et sa croissance au plan mondial provient aujourd’hui à 80% des pays émergents. La production automobile chinoise, indienne et brésilienne est passée en cinq ans de 10% à plus de 25% de la production mondiale, sous l’impulsion d’une demande locale forte.
Sur son marché se pressent tous les constructeurs occidentaux, mais aussi les constructeurs chinois – Brillance, Byd, Geely… – qui représente désormais près d’un tiers d’un marché qui se structure. Le marché indien présente un potentiel fort, mais reste dix fois plus petit que le marché chinois et se développe sur le modèle du « super low cost » comme la Nano de Tata. L’industrie automobile indienne – Tata, Bajaj, Mahindra… - est encore faible et ne représente que 16% du marché. Le Brésil, premier marché d’Amérique du Sud, est attractif avec un taux d’équipement de 13,3% en 2008.
La Chine et l’Inde disposent d’ores et déjà d’entreprises de taille suffisante pour intervenir sur les marchés mondiaux dans les secteurs de l’information et des nouvelles technologies et bientôt de l’automobile. Si pour le moment, les acteurs sont essentiellement locaux et les produits fabriqués qui ne rencontrent pas les normes de sécurité, les choses pourraient changer rapidement.
Deux conséquences stratégiques doivent être tirées par nos entreprises. D’une part, des opportunités importantes de marchés en infrastructures s’ouvrent sur les marchés domestiques chinois, indiens et brésiliens dans les années à venir. Mais d’autre part, elles doivent se préparer à être confrontées à de nouveaux concurrents, issus de ces pays, qui vont monter en puissance dans l’industrie de l’automobile d’ici à 2015. Ce sont les futurs concurrents des entreprises de l’OCDE qui interviendront non plus seulement en tant qu’exportateurs, mais directement en tant que producteurs sur les marchés européens et américains.
Les pays émergents possèdent tous les ingrédients pour prendre les marchés mondiaux d’assaut, il faut se préparer et voir quelles sont les stratégies qui peuvent être utiles pour conserver nos acquis où faire comme eux, investir dans l’avenir.
Benoit Charette est copropriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011.
