Chirurgies de l'oesophage: le conseil des médecins s'oppose au transfert vers Québec


Publié le 16 février 2017

Chirurgies.

©Photo: depositphotos.com-Cancerus

SANTÉ. La décision du ministre Gaétan Barrette de transférer les chirurgies de l'œsophage vers Québec et Montréal ne fait pas l'unanimité. Le comité exécutif du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de la région s'objecte littéralement à cette pratique.

Cette décision gouvernementale oblige ainsi les patients atteints d'un cancer de l'œsophage à se déplacer vers les grands centres pour recevoir les soins appropriés, alors qu'ils auraient pu bénéficier de l'expertise disponible en région. Le Conseil des médecins croit que cette mesure est injustifiée et qu'elle entraînera une augmentation des délais, en plus d'imposer des coûts importants aux patients et à leur famille.

« Nous demandons au premier ministre d'écouter les gens de sa région et de mettre un terme à cette centralisation injustifiée qui n'entraînera que des inconvénients pour les patients et aucune économie pour le système », déclare le Dr Fabien Larouche, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens.

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux explique son choix de rapatrier les opérations par une décision scientifique. Il s'appuie sur certaines études qui semblent démontrer, dans d'autres pays, de meilleurs résultats dans les centres à haut volume. « La qualité n'a aucun lien avec le volume », assure le Dr Marc-André Brassard, responsable du département de radio-oncologie.

Les médecins ne voient pas d'un bon œil le transfert des chirurgies de l'œsophage vers les grands centres.

©Photo: TC Media- Cindy Girard

Éprouvant pour le patient

Chaque année, une trentaine de cas de cancer de l'œsophage sont diagnostiqués dans la région. De ce nombre, de 5 à 10 patients sont opérés. Ceux-ci peuvent profiter de la chimiothérapie et de la radiothérapie directement offertes en région, de même que le support infirmier, nutritionnel et psychologique. Cela représente, en moyenne, 150 consultations annuellement.

« Il faut se mettre à la place du patient. Un cancer de l'œsophage ne se règle pas en quelques mois, ni en un an. C'est un long séjour à l'hôpital et cela nécessite de nombreuses consultations. C'est certain qu'il n'y a pas de différence sur le plan de l'acte à Saguenay ou à Québec, mais c'est sur le plan humain que cette décision a un impact considérable », ajoute Dre Annick Boulard, chef du service de gastro-entérologie.

Michèle Riverin et le Dr Pierre Michaud.

©Photo: TC Media- Cindy Girard

Témoignage

Michèle Riverin, quant à elle, a eu la chance de recevoir ses traitements dans sa région natale. « Il s'est écoulé 16 mois à partir du diagnostic jusqu'au rétablissement. J'ai dû assister à de nombreuses consultations, en plus de faire de la chimio et de la radio », raconte Mme Riverin.

À ses yeux, c'est impensable d'imposer aux gens de se rendre à l'extérieur pour être soignés.

« Pour moi, voyager à Québec pour avoir ses traitements, ce n'est pas quelque chose de bien. Je doute que cette décision aide les patients à guérir. Nous avons de bons services à Chicoutimi. Alors, pourquoi s'en départir? », renchérit Michèle Riverin, qui précise que l'amour des siens lui a également permis de traverser cette difficile épreuve.

Cette dernière est actuellement en rémission et elle se porte très bien. Elle espère de tout cœur que le premier ministre finira par entendre raison et qu'il reviendra sur sa décision.