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Hockey : des comportements inquiétants

Article mis en ligne le 8 avril 2008 à 10:40
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Hockey : des comportements inquiétants
Comme parent, éducateur et citoyen, je dois admettre que le désolant spectacle de Jonathan Roy lors du match Chicoutimi-Québec m’a profondément troublé. Qu’un jeune hockeyeur agresse sans raison un compagnon de jeu qui ne réplique pas et le frappe rageusement à répétition est en soi un spectacle déshumanisant. Mais que ce jeune hockeyeur déclare à sa mère, sans gêne et sans honte que « c’était hot, que c’était le fun » m’inquiète au plus haut point.
Les humains ont les sociétés et les citoyens qu’ils méritent. C’est à l’ensemble des Québécois et Québécoises que revient le choix de leur devenir individuel et collectif. Ce qui s’est déroulé à l’aréna de Chicoutimi est une démonstration publique d’un manque total de respect de la dignité humaine. De plus, cette agression gratuite va à l’encontre des lois du Code criminel du Québec. À l’extérieur de l’aréna, une attaque aussi injustifiée aurait été considérée comme un acte criminel et le responsable accusé de voies de fait par la victime, la police ou même un témoin.

Or, la sous-culture de violence du hockey junior majeur fait en sorte que les bagarres sont considérées comme une partie intégrante du jeu. Les règlements qui régissent les batailles et les sanctions insignifiantes que l’on impose font en sorte qu’un entraîneur ou un joueur peut se servir de la violence pour intimider ou blesser un adversaire. Il en est de même des propriétaires désireux d’attirer certains spectateurs qui eux aussi trouvent cela hot et le fun de voir des jeunes se taper dessus.

Pire encore, il existe une sorte d’omerta de la sous-culture de violence du hockey. Cette loi du silence interdit à un joueur, qui se fait agresser ou blesser au jeu, de trainer le joueur, l’entraîneur, les propriétaires ou la ligue en justice. Sinon, le joueur risque de mettre son avenir de hockeyeur en danger, et il le sait. Les seuls cas où un joueur va rompre cette loi du silence, c’est lorsque l’assaut subi met un terme à sa carrière de hockeyeur. Les cas de Jonathan Roy et de Todd Bertuzzi sont des exemples frappants. Le gardien de Chicoutimi Bobby Nadeau n’a pas encore porté plainte contre Jonathan Roy. Son avenir de hockeyeur est encore devant lui. Steve Moore poursuit Todd Bertuzzi et son entraîneur Marc Crawford pour plusieurs millions parce que son avenir est maintenant derrière lui suite à l’assaut vicieux de Bertuzzi.

Cette loi du silence influence également les parents. Questionné sur le fait qu’une enquête policière pourrait permettre de porter des accusations criminelles contre Jonathan Roy, le père de Bobby Nadeau a dit qu’il ne faut pas juger le jeune trop sévèrement. Il vit dans un contexte dont il faut tenir compte. Quant à sa mère, elle n’a pas voulu dire si elle regrettait que Bobby ait joué dans la Ligue junior majeur du Québec « parce que ma réponse pourrait nuire au futur de mon fils ».

Est-ce que le peuple québécois et son gouvernement toléreront encore longtemps que ce magnifique sport que le Québec a donné au monde transmette à sa jeunesse une sous-culture de violence? Est-ce qu’on veut former des jeunes qui trouvent ça hot et le fun d’agresser et de frapper à répétition un individu qui ne se défend même pas? Est-ce qu’on veut continuer à utiliser nos jeunes pour assouvir l’instinct primitif de certains citoyens encore incapables d’apprécier la beauté du hockey et la prestation des joueurs dans le but de faire plus d’argent? Voilà les vraies questions auxquelles le peuple québécois et son gouvernement sont appelés à répondre.

Gaston Marcotte

Professeur associé

Département d’éducation physique

Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval

Président-fondateur du Mouvement Humanisation

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