(Photo : www.mmcenvoyage.blogspot.com)
King Kong et le pays aux 1000 collines
Marc Dufour et Marie-Claude Pearson en voyage autour du monde
N.D.L.R. : Marc Dufour, originaire de Roberval, et Marie-Claude Pearson ont réalisé un voyage autour du monde l’année dernière. Bien sûr, il y a bien des endroits qu’ils n’ont pu visiter. Ils reprennent un autre périple cette année. L’Étoile du Lac publie à nouveau leurs récits de voyage.
« Après un interminable vol qui nous a amenés de Londres à Kigali, en passant par Rome et Addis Abeba (Éthiopie), nous avons finalement posé le pied en sol rwandais.
L’Afrique, c’est toujours un choc au début à cause de la pauvreté, la poussière, les odeurs, la pollution et aussi à cause de notre incapacité à passer inaperçus, mais en plus ici, il y a le spectre du génocide qui suscite des questions dérangeantes du genre : « Est-ce que notre sympathique chauffeur de taxi maniait aussi bien la machette que l’embrayage? »; « A-t-il perdu toute sa famille dans le drame? »; « Cet adolescent sur la rue, est-il né dans un camp de réfugiés en Tanzanie? »; « La petite rue où on marche, a-t-elle été témoin de crimes sordides entre voisins? »
La visite au mémorial du génocide fut instructive, mais surtout bouleversante. Le site est en fait un lieu de sépulture où reposent des centaines de corps retrouvés dans les fosses communes un peu partout dans Kigali. L’exposition trace l’historique menant aux massacres de 1994. On y relate l’horreur de ces 60 jours de carnage avec des témoignages, des ossements, des photos et des films... Toutes ces informations ont suscité dégoût, tristesse et incompréhension de notre part, et surtout, une perte de confiance en l’humanité… Serrer la main des employés du mémorial, eux-mêmes des survivants du génocide pour la plupart, a scellé cette visite troublante et nous a laissé abasourdis.
Une belle invitation
Lors de notre vol entre Addis et Kigali, nous avons reçu une invitation de sœur Alicia, une septuagénaire (qui ne fait pas son âge!) débordante d’énergie qui conduit comme une championne de course dans les rues chaotiques de Kigali. Nous avons aussi rencontré la dynamique sœur Agnès, une ancienne enseignante de Saint-Ambroise, qui, avec sœur Alicia, nous ont chaleureusement accueillis. Elles oeuvrent au Rwanda depuis 12 ans et leur mission comprend un centre pour femmes en difficulté et une école. Nous avons eu bien du plaisir à jouer et échanger avec les jeunes de l’école, et eux aussi étaient bien contents de s’amuser avec deux « muzongu » (blancs)!
Dans un pays aussi pauvre, il était intéressant de voir de plus près le travail des communautés religieuses pour soulager la misère omniprésente et grandissante. Ce fut aussi l’occasion de discuter de politique et d’actualité et de découvrir une facette méconnue à l’étranger de ce qui se passe dans le pays. Elles ont répondu à plusieurs de nos questions et nous avons apprécié leur regard critique sur le Rwanda. Notre séjour chez les sœurs du Bon Pasteur a apporté une nouvelle dimension à notre visite et grâce à elles, nous en garderons un souvenir inoubliable.
Environnement naturel
Sur une note plus légère, le pays offre la possibilité de rencontrer les derniers gorilles de montagnes dans leur environnement naturel. Il n’en reste aujourd’hui que 700 principalement à cause du défrichement des terres de plus en plus haut en montagne et du braconnage. Le territoire est surveillé par l’armée 24 heures sur 24 afin de sauver l’espèce. On espère que ça marchera, mais on en doute.
Tôt le matin, nous marchons dans la jungle, se frayant un chemin entre les lianes, les plantes urticantes (pas touche!), les déjections d’éléphants et les nids de fourmis rouges. Tout à coup, on distingue un dos argenté et des masses sombres qui s’agitent dans les arbres; ils sont là! Le mâle nous fait face : 450 lbs de muscles et un regard qui impose le respect. Les petits jouent dans les arbres, les femelles sont discrètes. Notre arrivée ne semble pas les déranger outre mesure, bien que l’on soit si près d’eux. D’ailleurs, ils nous accueillent avec une séance d’accouplement où les prises de tête prennent le dessus sur le romantisme…
Même après quatre visites sur le continent noir, l’Afrique nous déstabilise toujours. Pas besoin de faire un tour guidé pour voir la pauvreté; elle est partout et elle crève le cœur. On ne compte plus les enfants pieds nus transportant bidon d’eau, fagot de bois et autre au lieu d’être à l’école (un sur sept complète son primaire), les écoliers qui marchent plusieurs kilomètres, les femmes portant des poids énormes sur leur tête avec un bébé accroché au dos, les maisons de boue sans eau courante ni électricité, les habits sales et en lambeaux, les pauvres types affligés de malformations monstrueuses, les infrastructures déficientes, etc.
Et pourtant, certains, comme notre chauffeur de taxi congolais, se trouvent chanceux d’être au Rwanda « car au moins ici, il y a la sécurité ». Et tout ça pendant que des chefs d’État tyranniques détournent des milliards en fonds publics vers leur fortune personnelle, financent des guerres ayant pour but soit le contrôle des ressources naturelles ou un nettoyage ethnique, ferment les yeux sur la corruption rampante, et ce, avec l’accord tacite des grandes puissances. L’Afrique nous met en pleine face des réalités inacceptables.
Prochain rendez-vous : Kuala Lumpur
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