Une nouvelle prison à saveur de guerre de clochers
L'avenir des deux prisons au Saguenay-Lac-Saint-Jean est un sujet de préoccupation depuis plusieurs années. Leur état vétuste a été maintes fois critiqué par les agents de la paix et les détenus. À Roberval, un comité avait même été mis sur pied au début des années 2000 réclamant des améliorations d'urgence. Le temps a passé et rien n'a été fait.
Alors vint le jour où le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, flanqué de son adjoint parlementaire et député de Roberval, Karl Blackburn, annoncent ce que plusieurs craignaient depuis longtemps. La prison de Roberval fermera ses portes, tout comme celle de Chicoutimi. Une seule prison sera construite pour remplacer les deux institutions vétustes. Où sera-t-elle érigée? Le ministre laisse le soin à la Société immobilière du Québec de trancher.
À quoi le ministère de la Sécurité publique a-t-il pensé en laissant une telle question en suspend? Roberval et Chicoutimi voudront conserver leurs acquis, pensée tout à fait légitime. Quel choix reste-t-il? Se battre et alimenter les guerres de clochers. Guerres de clochers qui, d'ailleurs, font la renommée du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le gouvernement du Québec est pleinement conscient que la région se déchirera sur la question. Personne n'échappe au contexte difficile qui frappe notre économie. Comme le dit si bien le maire de Roberval, Denis Lebel, la ville n'a pas les moyens de perdre 40 emplois. Chacun d'entre eux est précieux. Roberval voit disparaître des emplois gouvernementaux depuis des années. La fermeture du poste de la GRC et la fermeture prochaine de la station de vol de l'aéroport par NAV Canada sont deux exemples récents.
À mon humble avis, le maintien de deux prisons s'impose. Roberval occupe une position stratégique dans le Haut du lac. Chicoutimi est toute aussi importante puisque le Palais de justice où se déroule la majorité de l'activité judiciaire s'y trouve.
La possibilité de construire une prison située à mi-chemin entre Roberval et Chicoutimi est présentement sur la table. Saint-Bruno a été ciblée pour sa position stratégique. Si le gouvernement ne revient pas sur sa décision et qu'il maintient qu'il n'y aura qu'une seule prison, force d'admettre que cette solution est la plus logique.
Le ministère de la Sécurité publique a fait une erreur monumentale en laissant des questions en suspend. Son adjoint Karl Blackburn est mieux placé que quiconque pour savoir de quoi est capable le Saguenay-Lac-Saint-Jean lorsque vient le temps de se déchirer. La décision de dévoiler immédiatement ce rapport est douteuse.
Peut-être que cela fait partie de leur stratégie. Québec a souvent affirmé qu'il ne disposait pas des liquidités pour aller de l'avant avec les baisses d'impôt promises. Ce déchirement permettra peut-être d'étirer les échéanciers avant que la prison se confirme.
Karl Blackburn a promis de se battre pour que la prison demeure dans son comté. La ville de Roberval entend faire de même. Espérons qu'ils auront le pied assez pesant pour faire pencher la balance en notre faveur.
Conséquences
Les déchirements régionaux amènent des conséquences palpables dans certains dossiers. La fameuse voie de contournement dans le secteur de Saint-Bruno en est un bel exemple. Saint-Bruno et les gens d'affaires du secteur Roberval prônaient un tracé Sud, c'est-à-dire vers la MRC Domaine-du-Roy. Alma voulait plutôt un tracé Nord.
Une étude a révélé qu'il serait préférable qu'elle aboutisse au Sud. Cependant, les partisans du tracé Nord n'ont pas accepté la décision et ont continué de mettre de la pression pour que leur option soit retenue. Conséquence de ce déchirement, le dossier a traîné en longueur et il n'y en aura tout simplement pas de voie de contournement.
Mais ce qui est le plus ironique, c'est que contrairement à ce que les gens peuvent penser, une voie de contournement se dirigeant vers le Nord n'aurait pas abouti directement dans la ville d'Alma. Elle aurait abouti à approximativement deux kilomètres de l'entrée de la ville.
Encore plus ironique, la distance entre le tracé de la voie de contournement passant par le Nord et celui passant par le Sud n'est que de 1,7 kilomètres. Nous nous sommes chicanés pour 1,7 kilomètres de distance. En bout de ligne, tout le monde y perd.