Lettre pour passer du noir au gris
(NDRL) L'Étoile du Lac rend à nouveau disponible sur son site Internet le texte «Lettre pour passer du noir au gris». Ce commentaire du journaliste Jean-François Bonneau a remporté le prix de la «Plume d'or-catégorie chronique-journaux de 24 à 40 pages» lors du gala des Folios de Médais Transcontinental.
Chers lecteurs abasourdis et plongés dans un flot sans fin de propos noirs compromettant notre avenir lié à la forêt,
Me voilà à vous à travers une plume différente et plus personnelle afin de partager mes impressions sur «la pire crise de l'histoire du Québec», pour emprunter les propos de Jean Charest. On se demande où s'en va notre forêt et notre région. Les usines ferment et tombent comme des mouches. Quand on veut faire le décompte des fermetures, on s'étourdit. On sent autour de nous le besoin viscéral de créer de nouvelles épithètes à chaque jour pour affirmer notre colère, notre désarroi, notre inquiétude et nos chagrins.
Dans cet essouflement cancéreux, la lueur est difficilement visible. On cherche des coupables à cette crise. Les gouvernements ont été accusés d'avoir agi trop tard dans le mal qui sévit actuellement et que plusieurs ont vu venir dans leur boule de cristal. Les propos du spécialiste en politique forestière, Luc Bouthillier, soulignés dans plusieurs médias, visent en premier lieu les grandes compagnies forestières. «Durant la période où le dollar canadien était très bas, les compagnies ont vécu artificiellement, en engrangeant d'énormes profits, mais sans investir dans l'innovation, livre-t-il sur foresterie.net. La nouvelle foresterie ne pourra naître que dans les communautés les plus dynamiques.» Il y a certainement une part de vérité dans les deux cas.
Chinois, Européens, Américains...
On pourrait aussi accuser les Chinois plus concurrentiels, les Européens plus imaginatifs, les Américains et les Ontariens d'être moins dépendants de la forêt. On relie étrangement la crise à près d'une dizaine de causes différentes. On pourrait en vouloir jusqu'à la fin des temps à Lucien Bouchard de dire que les Québécois ont un petit côté moins productif dans ce contexte de crise nationale. On peut s'en prendre au système tout entier, car c'est une crise insensée, insoutenable, démoniaque et sans borne. Cela ne nous empêchera cependant pas de couler, de se noyer et de se décomposer.
Si vous avez suivi comme moi les déclarations faisant suite au dévoilement par Québec de son plan de développement destiné aux travailleurs, aux communautés touchées et aux entreprises du secteur forestier, vous avez sans doute constaté que les louanges se font rares à l'égard du gouvernement. Il aurait été étonnant de n'entendre que des bravos ; il ne fallait pas non plus s'attendre à empocher le gros lot. Aussi imparfait soit-il, le plan d'action a pu réparer quelques cordes vocales trop étirées à force de crier S.O.S...
La Fédération québécoise des municipalités du Québec, dont la voix principale est Bernard Généreux, emprunte les propos du chef de l'Opposition officielle, André Boisclair, lorsqu'elle indique que le fameux plan d'aide s'apparente davantage à un plan de rationalisation. La FQM admet également, mais toutefois sur le bout des lèvres, que le plan totalisant des investissements de 721,8 millions de dollars divisés en quatre volets (soutien aux travailleurs, soutien aux communautés, nouvelle approche de la gestion forestière et financement de projets de modernisation d'entreprises en levant la contrainte d'obtenir en garanties des droits compensatoires), c'est un pas dans la bonne direction.
Dégourdir les tomates
On le sait qu'on ne dégourdira pas les tomates en un tournemain. Il serait naïf de prétendre savoir combien de temps il faudrait pour dégriser les lendemains qui semblent noirs. Cependant, il y a des pistes de solution. Un Sommet, où seront conviés les dirigeants de l'industrie forestière, est envisagé par l'Opposition officielle. Plus près de nous dans le temps, il y aura le colloque organisé par le Centre local de développement Domaine-du-Roy, mardi prochain.
Il y a aussi l'Université Laval qui, en février prochain tiendra un Sommet sur l'avenir du secteur forestier. Il y a là des moyens de penser qu'il sera possible, enfin, de dégager une nouvelle façon de gérer notre matière première.Puisque je vous parle de solutions, je vous invite à lire le voxpop de la semaine afin de connaître d'autres pistes plus positives pour notre esprit collectif. En bout de ligne, il faudra peut-être aussi se dire que ce ne sera pas la première crise que le Québec aura eu à traverser.