Le nerf de la guerre
L'expression «L'argent, c'est le nerf de la guerre» prend tout son sens ces jours-ci. L'Association des motoneigistes Boule-de-neige a pris la décision de ne plus entretenir le sentier 355, qui relie le Lac-Saint-Jean à la Mauricie, en passant par le Lac-Édouard, pour la prochaine saison hivernale. L'association se justifie en évoquant le financement insuffisant qui ne permet pas un entretien efficace et rentable.
L'histoire de l'industrie de la motoneige est devenue un véritable roman savon. Année après année, de nouveaux problèmes se présentent. L'an dernier, les membres de l'Union des producteurs agricoles menaçaient d'interdire la circulation des motoneiges sur leurs terres faute d'entente sur les droits de passage. Le financement insuffisant et les menaces de fermeture reviennent sur une base régulière. Et lorsque la date fatidique approche coup de théâtre! Une entente, à court terme, intervient pour permettre l'entretien des sentiers.
À l'aube de la saison 2006-2007, le scénario qui se dessine est que le sentier 355 sera le seul des sept sentiers de pénétration à ne pas être en service. L'Association des motoneigistes Boule-de-neige ne comporte pas un grand nombre de membres et est moins riche. Le sentier 355 n'est pas un sentier Trans-Québec et n'a pas droit à une subvention majorée de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. Une aide de 50 000$ de la Conférence régionale des élus et l'Association touristique régionale pour l'ensemble des clubs a été annoncée mais elle n'est malheureusement pas suffisante pour l'Association Boule-de-neige.
C'est donc l'impasse. Ce sentier était parmi les plus utilisés par les années passées. Les localités comme Lac-Bouchette et Saint-André verront cette manne disparaître en 2006-2007. Selon le président de l'association, Claude Desbiens, les motoneigistes de l'extérieur opteront pour le sentier aboutissant à Hébertville. C'est donc toute la MRC Domaine-du-Roy qui sera affectée. Nul besoin de dire que cela fera mal à l'économie, comme si elle avait besoin de ce nouveau contrecoup.
Une réflexion en profondeur est de mise. Les intervenants régionaux ne cessent de clamer l'importance de la motoneige pour l'industrie touristique; et pourtant, il n'y a toujours pas de structure de financement qui permette d'assurer un entretien adéquat des sentiers. Les fonds nécessaires devront être dénichés, même si l'argent ne tombe pas du ciel. Pour se faire, la CRÉ, l'industrie touristique, la Fédération des clubs de motoneige ainsi que ses membres et le gouvernement du Québec devront entreprendre une concertation qui mènera à des résultats rapides.
La clientèle étrangère est friande des charmes de l'hiver québécois et particulièrement de ceux du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les grossistes en voyage, qui vendent à cette période de l'année, se butent à de l'incertitude depuis plusieurs années. Ils finiront certainement par nous laisser tomber et se tourner ailleurs.
Il y a trop de belles paroles sur le développement de notre industrie touristique hivernale et pas suffisamment d'action. Si ces problèmes persistent, la région perdra tout simplement son titre de paradis de la motoneige. Est-ce qu'on peut se permettre, en tant que collectivité, de perdre cette manne?
Signes inquiétants
Je bifurque un peu vers un autre sujet, mais qui demeure relié au «nerf de la guerre». Comme tout le monde, j'ai constaté les problèmes du réseau routier québécois avec l'effondrement du viaduc de Laval. Cet accident malheureux soulève des questions sur l'entretien du réseau routier. Les médias ont multiplié les exemples d'infrastructures routières qui perdent des morceaux. Ne soyons pas alarmistes. Des investissements sont nécessaires à plusieurs endroits. Toutefois, il est faux de croire que tous les viaducs vont nous tomber sur la tête du jour au lendemain. Un appel au calme est nécessaire.
Cet événement fut l'occasion pour des gens de l'extérieur de la région, J-Jacques Samson, chroniqueur du journal Le Soleil pour ne pas le nommer, de remettre en question la position du gouvernement du Québec d'investir dans de nouvelles routes plutôt que dans l'entretien. Il a cité la route 175 en exemple en indiquant que la circulation ne justifiait pas l'investissement de plus de 700M$. Nous nous sommes battus pendant des années pour obtenir une route à quatre voies divisées pour améliorer la sécurité et tonifier notre économie. Quand va-t-on arrêter une fois pour toutes de nous rappeler cet argument ?