Profession camionneur : l’humain à l’état brut


Publié le 20 mars 2017

Sergio Desrochers.

©TC Media - Hélène Gagnon

ROUTES. Les camionneurs au Québec ont une bien mauvaise réputation, pourtant c’est bien en passant une journée avec l’un d’eux qu’il est possible de saisir l’importance de ce travail qui est à la fois physique, jovial, parfois frustrant, mais surtout un maillon important de l’économie.

«Nommez-moi une chose que n’arrive pas dans la région par camion?» Sergio Desrochers

Jeudi matin, 16 mars, 5 h 09, Sergio Desrochers entame sa journée de travail. Camionneur depuis 21 ans, il sillonne aujourd’hui les routes de la région. Après avoir touché à plusieurs aspects du camionnage, la petite « run » locale est celle qui s’accorde le mieux avec la vie de famille.

« Le métier évolue. Aujourd’hui, tout est fait pour que le camionneur passe le plus de temps dans son camion. Les belles années du camionnage, elles sont loin derrière nous », souligne le chauffeur.

Comme dans plusieurs domaines, la performance a pris la place. Dans le domaine, tout est question de temps. Le temps sur la route, le temps à attendre pour être chargé, le temps à attendre pour être déchargé, le temps à tout attacher, etc.

Par contre, aucun camionneur ne vit cela de la même manière, car aucun n’est soumis à la même contrainte. Certains sont payés à la semaine, d’autres à l’heure et d’autres au voyage.

En 2017, le camionneur ne voyage plus, mais il livre. Les camions sont aujourd’hui tous très équipés : lit, micro-ondes, réfrigérateur, etc.

« Quand on roule, on se rend compte que tout a changé. Il y a moins de restaurants. Moins de stationnements adaptés aux camions. Alors on fait quoi? On traîne nos sandwichs et on s’arrête quelques minutes pour se ramasser un café dans un Tim Hortons », mentionne-t-il.

L'économie de la région passe par le transport des marchandises.

©TC Media -Hélène Gagnon

Profession indispensable

Est-ce que le métier de camionneur est valorisé au Québec? Non! Même les camionneurs d’expérience ne sont pas en mesure de donner toutes ses lettres de noblesse à cette profession.

« On doit être productif. On doit être rentable. Les usines de bois veulent exporter leur produit, d’autres veulent le transformer. Si nous sommes en retard, si on livre les mauvaises choses, c’est toujours les camionneurs qui vont ramasser la merde. Pourtant nous sommes uniquement le lien entre le transporteur et l’entreprise », mentionne Sergio.

Sans camionneurs, les tablettes des épiceries et d’autres commerces seraient bien vides. L’économie de la région dépend du camionnage. La nourriture, les meubles, les outils, les matériaux, etc. Le camionnage est indispensable autant pour l’importation que l’exportation.

« Toutes les usines de bois de la région ont besoin de camionneurs afin de transporter leurs produits. C’est une roue qui tourne. La journée que l’industrie du bois va mal aller, le camionnage va en subir des conséquences. Par la suite, ce sera au tour des “shops” de soudure et les fabricants de remorques. Il y a tellement d’emplois qui dépendent de la forêt », souligne Sergio.