Être cinéaste en région: plus facile qu'on ne le croit?


Publié le 18 mars 2017

Jean-Marc E. Roy

©Photo TC Media - Sophie Rouillard

CULTURE. La croyance populaire veut que les artistes du septième art soient tous obligés de travailler dans les grandes villes telles que Montréal ou Québec pour percer dans ce domaine. À l'occasion de la 21e édition du Festival Regard, TC Media a rencontré des cinéastes d'ici à qui nous avons demandé l'avis sur la réalité des cinéastes en région éloignée.

Lors de la première soirée de visionnement au Festival Regard, les cinéastes mis à l'honneur étaient ceux du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Du film d'animation au documentaire, un choix varié était offert au public.

Pour sa part, le réalisateur Jean-Marc E. Roy, qui est venu présenter son œuvre Close-up cette année, se fait un point d'honneur de faire ses films dans la région.

« C'est mon cheval de bataille depuis au-dessus de 15 ans de produire en région, assure-t-il.  Je pense que ça a beaucoup de positif de travailler ici, ça facilite beaucoup de trucs. C'est plus facile d'avoir la coopération des gens par exemple, au niveau de l'entourage ou encore de se faire ouvrir des portes. »

Selon l'artiste, produire un film dans son patelin lui permet davantage d'avoir un contact humain avec la population.

« Les gens se serrent plus les coudes, on n’est pas 3000 à faire des vues [films] ici donc, je crois que lorsqu'on fait notre bout de chemin, les gens finissent par nous connaître et à vouloir embarquer dans nos projets. »

De leurs côtés, Philippe David Gagné (Destrier) et Philippe Belley >L'usine et ma vilaine mémoire de 9 ans) sont d'accord quant à l'importance et aux bons côtés de garder leur art au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Ça a ses côtés plus faciles et plus difficiles, croit Philippe David Gagné. C'est plus évident d'avoir de l'aide, car les gens viennent voir ce que tu fais et ils sont curieux. Ils ne te chargent pas 500$ si tu veux filmer leur maison...À Montréal, c'est différent. »

« Est-ce plus dur en région? Si la qualité du projet est là, c'est la même « game » pour quelqu'un de Maniwaki ou de Montréal. Moi, je ne me sens aucunement limité dans ce que je fais. On peut aussi avoir de l'aide du Conseil des arts de Saguenay, c'est un plus aussi. C'est quelque chose qui se structure de plus en plus le cinéma ici. »

Pour Martin Rodolphe Villeneuve (Qu'en ce jour je meure), il s'agit d'un choix quasi artistique.

« J'ai habité à Montréal. J'ai élaboré tous mes contacts là-bas, mais pour tourner, je me suis dit que c'était mieux à Saguenay et à Charlevoix. C'est des sites que je connais bien. Je me verrais mal faire un film à Montréal alors que je ne suis pas montréalais. Je me sens familier avec les endroits d'ici. »

Moins de ressources?

Le public associe souvent les grandes villes aux grosses productions. N'ayant pas de grands plateaux de télévisions ou de films au Saguenay-Lac-Saint-Jean, est-ce vraiment si évident de tourner dans la région? Les cinéastes sont divisés sur ce point.

Les travailleurs et les outils nécessaires à la réalisation de court-métrage sont en très petites quantités selon plusieurs.

« Ici, il y a moins de main-d'œuvre et moins d'équipements, ce qui est problématique, constate M. Gagné. Souvent, si on fait une production à grande échelle, on fait descendre des gens et des équipements de Montréal. Même si ici, il y avait une Alexa [type de caméra], on ne la ferait tourner que 30 jours durant l'année. »

« On essaie le plus possible d'engager des gens dans la région, mais souvent c'est problématique. [...] Dans mon travail, j'essaie souvent de mettre en valeur les gens et la région », promet Jean-Marc E. Roy.

« C'est plus difficile quand on parle de postproduction, soutien Martin Rodolphe Villeneuve. C'est pas mal à Montréal qu'on peut faire ça. Le tournage en tant quel tel peut être très bien être réalisé dans une petite ou une grande ville. »

Cependant, pour d'autres visionnaires, la région a tout ce dont il faut pour parvenir à ses fins et à réussir.

« Moi, je ne rencontre pas ce genre de problèmes, parce que ce dont j'ai besoin, on l'a ici, explique Philippe Belley. Sinon, on peut le louer. La compétence qu'il me faut est là aussi. Il y a peut-être des gens qui font d'autres types de projets qui diront peut-être le contraire que moi, mais dans ma réalité j'ai tout ici. »

Philippe Belley et ses filles

©Photo TC Media - Sophie Rouillard

Festival Regard

Pour les cinéastes, qu'ils soient dans la région ou d'ailleurs, le Festival Regard représente beaucoup. Non seulement cela leur amène-t-il de la visibilité, mais également la chance d'assister aux réactions du public face à leurs œuvres. Pour eux, si le festival venait à s'éteindre, ce serait terrible.

« Ça serait dramatique pour le court-métrage, autant ici, au Québec ou au Canada, car Regard s'est devenu tellement gros en Amérique du Nord croit Philippe David Gagné. Ça serait une perte au niveau culturel, de l'industrie et à bien des niveaux. »

« À moyen ou à long terme, ça aurait des effets néfastes, suppose Martin Rodolphe Villeneuve. C'est certain qu'il manquerait quelque chose pour l'industrie, autant pour le public que pour nous [les cinéastes]. Ça permet de voir des films de genre qu'on ne voit jamais dans les salles de cinéma. »

Heureusement pour tous, il est encore très loin (et improbable) le jour où le festival cessera ses activités.

« Je crois que la fin du monde va avoir lieu avant que le Festival Regard ne s'éteigne », conclut en riant Philippe Belley.