Les prix stagnent depuis plus de 20 ans

Serge Tremblay
Les prix stagnent depuis plus de 20 ans
Le coût de la machinerie forestière a presque doublé en 20 ans alors que le prix offert au mètre cube stagne. (Photo : Serge Tremblay)

Le prix du bois d’œuvre a beau atteindre des sommets, les entrepreneurs en récolte forestière n’en profitent pas. Pire, les prix offerts stagnent depuis plus d’une vingtaine d’années.

Économiste de formation, consultant et spécialiste du financement dans le domaine de la machinerie lourde, Louis Dupuis travaille depuis longtemps avec des entrepreneurs en récolte forestière. Pour lui, la situation est intenable.

« Au milieu des années 90, le prix offert aux entrepreneurs forestiers était environ 18 $ du mètre cube. Aujourd’hui, bien qu’il y ait eu certains ajustements plutôt timides, on est toujours aux environs de 18 $ du mètre cube. Les coûts d’opération des entrepreneurs, eux, ont explosé », explique-t-il.

En effet, un équipement forestier qui se payait autour de 450 000 $ à l’époque exige plutôt un investissement de 700 000 à 750 000 $ aujourd’hui. Le prix du carburant diesel a quant à lui plus que doublé pour la même période et les salaires des opérateurs ont naturellement augmenté.

Investissement majeur

« Prenons un entrepreneur qui se lance et qui fait l’acquisition d’une abatteuse multifonctionnelle et d’un transporteur. Il doit déjà réaliser un investissement de 1,5 M$ et on ne parle pas du camion de service, de l’outillage et de l’inventaire de pièces. Il doit financer tout ça sur le même 18 $ du mètre cube qui était offert il y a plus de 20 ans. »

Et inutile de préciser que les 18 $ de 1997 avaient davantage de valeur que les 18 $ de 2021. En fait, en inscrivant les données dans la feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada, on observe que 18 $ en 1997 représentent 27,36 $ en 2020.

Productivité

En conséquence, les entrepreneurs doivent être plus productifs pour arriver au même résultat. Chaque bris d’équipement, chaque arrêt d’opération devient absolument critique sur le plan financier.

« En 1997, un entrepreneur forestier qui travaillait 40 à 42 semaines à récolter environ 1 100 mètres cubes par semaine générait un profit qui lui permettait de réinvestir dans son entreprise. Aujourd’hui, pour arriver au même résultat, un entrepreneur doit travailler jusqu’à 45 semaines et récolter 1 400 à 1 500 mètres cubes par semaine. »

Dans un tel contexte, ajoute Louis Dupuis, il ne s’en faut pas de grand-chose pour qu’un entrepreneur n’arrive plus à faire ses frais. Le danger qui les guette est de s’enfoncer dans un cercle vicieux où ils n’ont plus la capacité de renouveler leurs équipements, ceux-ci subissent alors davantage de bris, ce qui engendre d’autres arrêts d’opération et des pertes de revenus.

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *