Pas si simple que ça l’autosuffisance

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Par Louis Potvin
Pas si simple que ça l’autosuffisance

Pas facile de décider un jour de laisser tomber le confort moderne pour se lancer dans un projet de fermette autosuffisante.

Depuis un an, Michelle Cupani et Jonathan Goyette se sont installés sur un terrain dans un secteur isolé de Saint-Prime au bout du Rang 6. Ils se sont aménagé une maison qui n’a ni l’eau courante ni l’électricité.

Des poules, des veaux, des porcs et des dindes sont élevés et plusieurs variétés de légumes et fines herbes sont en production. Ils visent l’autosuffisance. Tout un défi.

« On se donne cinq ans. C’est un processus qui est long. J’ai défriché à la hache et à la machette le terrain pour faire de l’agriculture. On va chercher l’eau potable à 600 mètres et cet hiver, j’ai fait mon bois de poêle sans aide mécanique », mentionne Jonathan qui a quitté la Rive Sud de Montréal il y a dix ans pour s’installer dans la région.

Le couple a complètement transformé ce bâtiment pour en faire une maison fonctionnelle malgré le fait qu’il n’y ait ni l’eau ni l’électricité. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Souffler

Tanné de la frénésie et de la pression exercée au travail, il a décidé de se lancer dans l’aventure avec sa conjointe qui a fait ses études en santé animale au Cégep de Saint-Félicien.

« Moi aussi, ça m’attirait. On en fait un projet de vie. J’aime les animaux et j’ai la formation pour m’en occuper et les soigner. Par contre, je constate qu’il faut réfléchir et que ce n’est pas simple de viser l’autosuffisance. Je comprends nos grands-mères du temps qui faisaient le lavage à la main. Elles ont toutes mon admiration », expose Michelle.

Pour les animaux, on récolte de l’eau de pluie.  Leurs excréments servent à faire un excellent compost pour le jardin. À la fin de la saison, ils seront abattus.

Le couple élève quelques porcs afin de pouvoir manger la viande à l’automne et à l’hiver. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Débrouillardise

Le couple va ajouter des panneaux solaires afin d’avoir une plus grande capacité électrique.  Jonathan veut faire de la méthanisation avec le compost.

« Il existe beaucoup de références sur l’autosuffisance. On lit beaucoup et utilise les trucs de ceux qui ont déjà fait l’expérience », signale Jonathan.

Les deux amoureux ne manquent de rien selon eux. Même s’ils sont difficiles à joindre, ils se rendent au village deux fois par semaine pour prendre leur message en ayant accès à une connexion internet. Le cellulaire ne rentre pas dans le secteur.

Une petite radio solaire leur permet de prendre des nouvelles du monde.

« C’est plus de travail que je ne le croyais, mais au moins je le fais pour nous. Je vois les résultats. Nous le faisons pour notre planète, il faut prendre conscience du gaspillage et il faut faire des gestes en étant le plus autosuffisant possible», lance-t-il, rêvant au jour où leur fermette sera complètement autosuffisante.

Jonathan Goyette et Michelle Cupani craignent que leur rêve s’effondre en raison d’une problématique de zonage. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Un rêve en péril

Le rêve du couple pourrait s’écrouler en raison d’une décision de la municipalité qui les contraint à se départir de leurs animaux pour une question de zonage.

:Des vacanciers qui possèdent des roulottes dans le secteur et qui séjournent que quelques jours par année ont porté plaintes pour les odeurs et bruits des animaux.

« Ils ne vivent pas ici et ils achètent nos oeufs et sans nous parler de ce qui pourraient les déranger, ils font une plainte qui n’est pas fondée selon nous, car nous ne considérons pas que les animaux sont bruyants et qu’il y a des odeurs dérangeantes », relate Michelle Cupani.

Quand elle et son conjoint ont acheté le terrain, le couple ignorait qu’il était zoné villégiature et non agricole. L’ancien propriétaire aurait omis de le mentionner.

« L’inspecteur de la municipalité est venu à quelques occasions et n’a jamais mentionné que nous ne respections pas la réglementation. On ne comprend pas ».

Plus d’animaux le 1er août

La municipalité a envoyé une lettre récemment pour obliger le couple à se départir de ses bêtes d’ici le 1er août.

Leur voisin Sébastien Leclerc, qui possède également des animaux, a reçu le même avis.

« Ça fait trois ans que je suis ici et je n’ai jamais eu de problème et la municipalité a accepté que je construise une étable et là je dois me débarrasser de mes animaux, ça n’a pas de sens! », s’exclame-t-il.

Revoir la décision

L’an dernier, le couple a récolté une bonne quantité de légumes qui leur a permis de se nourrir pendant la saison froide. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Le maire de Saint-Prime Lucien Boivin est au fait du dossier et souhaite dénouer l’impasse.

« Comme nous avons reçu une plainte, il fallait la traiter et envoyer un avis aux propriétaires de se conformer au zonage et à la réglementation. C’est une mesure pour nous protéger. On veut par contre trouver une solution, car leur projet a du sens et est très logique. »

Le sujet sera donc abordé lors de la prochaine séance du conseil municipal le 8 juillet. Il sera alors proposé de repousser la date butoir pour se départir des animaux.

Ainsi, les démarches pour modifier le zonage et mieux encadrer le concept de fermette pourront se réaliser.

Pour réussir à faire bouger la municipalité, le couple fait circuler une pétition et recueille des signatures.

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