Chroniques

Temps de lecture : 1 min 53 s

La Tire Promise

Le 17 avril 2025 — Modifié à 12 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

«On va aller marcher, après souper.»

«Oui oui ! On va le finir, ce casse-tête-là. Bientôt !»

«Promis, on fait un petit feu dans la cour ce soir. S’il ne pleut pas.»

Mais parfois, il pleut. Et parfois, c’est moi qui pleut en dedans. Fatiguée. Distraite. Trop sollicitée. Alors, je fais des promesses à mes enfants. Pas pour mal faire, mais pour acheter un instant de calme, pour adoucir un «non» ou juste pour gagner un peu de temps, pour quand je serai plus en forme, mieux disposée.

Mais, sans m’en rendre compte, je vends à mes enfants des morceaux d’attente.

Samedi dernier. Les cannes de sirop d’érable étaient prêtes, sorties sur le comptoir, on avait un spot de neige propre pour faire de la tire. Ça faisait deux semaines que je l’avais promis. Et pourtant, nous ne «tirâmes» point. On a eu du monde, on a placoté trop longtemps, les repas ont dérapé, on a ri… À la fin du week-end, j’ai regardé mon petit bonhomme. Il n’a rien dit, il avait eu du plaisir. Mais dans ses yeux, je sentais que son attente s’était dissoute.

Comme le film de Narnia. On l’a commencé ensemble. Je me suis endormie dessus. Trois mois qu’il me demande quand on va le finir. Trois mois que je lui réponds: «Bientôt, mon cœur.»

C’est pas la tire. C’est pas Narnia. C’est pas le feu de camp ou la balade. C’est la promesse.

Et la promesse, c’est sacré.

Aux yeux d’un enfant, son parent c’est un prophète. Quand tu dis: «Après souper», c’est comme si tu ouvrais les eaux de la mer Rouge. Ils te suivent avec la foi des petits Hébreux en sandalettes, convaincus que, comme Moise, t’as un plan, une direction, une Terre promise où les guimauves ne brûlent jamais et où les casse-têtes se finissent pour-le-vrai.*

À la hauteur d’enfants, les engagements sont sérieux. Et les adultes, on prend ça beaucoup trop à la légère. On les trouve donc insistants, à revenir encore et encore sur la même demande. Mais c’est un peu leur façon de nous dire: eille, tu m’as promis, pis moi je t’ai cru.

Je veux arrêter de me raconter que j’aurai le temps plus tard si je ne le prends pas maintenant.

Je veux cesser de croire qu’ils comprendront. Ils n’ont pas à comprendre ma vie d’adulte.

Je me donne comme mission de tenir parole. Terminer les casse-têtes. Faire les feux. Dire non quand c’est non, mais dire oui pour vrai. Ne plus promettre à la légère parce que la case «peut-être» n’existe pas dans leur tête. Ils te croient, comme si tu l’avais gravé sur une tablette de pierre.

À force d’être déçu, tu viens qu’à douter de ton prophète.

* Humour de semaine sainte. Hihu.

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