« Quelque chose comme un grand peuple »

Rédaction

C’est ainsi que René Lévesque décrivit la société québécoise le soir de la victoire du Parti Québécois le 15 novembre 1976. Comme plusieurs, j’étais à la fois content, fier, mais également interrogatif par rapport à la définition qu’il en faisait. Nous allions être maîtres de notre destin collectif.

Nous avions survécu à la conquête de 1760, à la déportation et à la condamnation à mort de nombreux patriotes, de même qu’à la liquidation de nos droits par le haut clergé du temps de Duplessis. Nous avions passé par-dessus le mépris de l’élite anglophone comme Donald Gordon, président du Canadien National, qui disait que les francophones du Québec n’avaient pas les compétences requises pour occuper l’un des 17 postes de vice-présidents de la compagnie.

Il y a une chose cependant qui n’a pas changé depuis la Révolution tranquille. C’est le mépris d’une certaine élite anglophone, notamment dans le monde médiatique et universitaire, envers le Québec et ses dirigeants. Chacun à leur tour, Camil Laurin, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et d’autres ont été traités de nazis. Encore récemment, le nouveau chef du Parti Québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, a été comparé à Pol Pot : un dictateur communiste sanguinaire.

Pas une journée ne passe sans que l’on casse du sucre sur le dos des francophones. Il est temps que cesse ce mépris systémique.
Bien sûr, nous sommes loin d’être parfaits, mais nous possédons, au moins en partie, cinq des qualités pour être un grand peuple. Commençons tout d’abord par la tolérance. Certains croient même que nous sommes trop tolérants.
La deuxième qualité, c’est notre capacité à accepter de rire de nous. Nous sommes sans doute l’endroit au monde où il y a le plus d’humoristes au pouce carré. Et de qui rient-ils? De nous. Un peuple qui accepte l’idée qu’il est loin d’être parfait est bien meilleur que celui qui s’y croit déjà arrivé.

La troisième qualité d’un grand peuple, c’est d’être pacifiste. D’accepter de gérer nos conflits non pas par les armes, mais bien par la discussion, par la compréhension mutuelle. Tout n’est pas parfait, mais notre score est bien meilleur qu’ailleurs.
La quatrième qualité est la croyance dans une société plus équitable et axée vers le bien commun. Tous n’y adhèrent pas également, mais la recherche d’équité et l’accessibilité tant à l’éducation qu’à la santé demeurent des éléments rassembleurs chez nous.
La cinquième a encore, malheureusement, beaucoup de chemin à faire. Il s’agit de laisser à nos descendants une planète en meilleur état que nous l’avons prise. La conscience est là, parfois la volonté aussi, mais l’action concrète pas suff isamment.
Malgré cela, je crois sincèrement, que nous sommes au moins en bonne partie: « Quelque chose comme un grand peuple. » J’invite donc ceux qui semblent parfaits et qui ne cessent de brandir le goupillon de l’excommunion de la perfection, à mieux connaître la société québécoise et à en devenir des membres à part entière.

Denis Trottier, ex-député de Roberval

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