Coincée au Cameroun, son intégrité physique est menacée

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Par Julien B. Gauthier
Coincée au Cameroun, son intégrité physique est menacée
Marilyn Brassard et son conjoint son coincés au Cameroun en raison de la fermeture des frontières. (Photo : Courtoisie)

Un père de famille de Roberval est à bout de ressources après avoir multiplié les démarches auprès du gouvernement canadien, dans le but de rapatrier sa fille, Marilyn Brassard, coincée au Cameroun avec son conjoint depuis le 12 mars. Enceinte de trois mois, son intégrité physique est menacée en raison de la couleur de sa peau et du chaos social qui y règne.

Marilyn Brassard, une femme de 30 ans de Roberval, est actuellement à Douala, une ville qui se situe à 240 km de la capitale Yaoundé.

Elle a quitté le Québec le 4 mars dernier avec son conjoint pour aller visiter la famille de ce dernier. Un voyage qui devait au départ durer trois semaines.

Peu d’indices laissaient présager à pareille date qu’une véritable crise mondiale allait éclater. C’est pourtant ce qui est arrivé. Dès que la COVID-19 fut déclarée pandémique par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 11 mars, le couple s’est aussitôt procuré une paire de billets pour retourner au Québec, dès le lendemain. À leur réveil, la frontière du Cameroun était fermée.

Le père de Marilyn, Marcel Brassard lance donc un véritable cri du cœur auprès des autorités gouvernementales, afin que sa fille puisse revenir à Roberval le plus tôt possible.

« Moi, j’agis comme père de famille. Je veux voir ma fille le plus tôt possible. Son fils de six ans veut la voir le plus tôt possible. Elle est enceinte. Son intégrité physique est menacée. Il me semble que c’est un cas particulier », déplore l’homme de 62 ans.

Pas de réponse du gouvernement

Marcel Brassard a multiplié les recours pour tenter de ramener sa fille, qui se trouve au Cameroun depuis le 4 mars dernier, mais en vain. Il lance un véritable cri du coeur. (Photo : Courtoisie)

Dès la fermeture des frontières camerounaises, des démarches ont été entreprises auprès du Haut-Commissariat du Canada au Cameroun, mais en vain.

« Tout ce qu’elle a eu, c’est un retour d’appel lui disant que son cas n’était pas prioritaire », déplore son père, Marcel Brassard.

Et même si le gouvernement a mis en place une ligne téléphonique et un courriel d’urgence pour les Canadiens coincés à l’étranger, il n’a eu aucun retour de ce côté, même s’il les a contactés le 13 mars.

Actuellement, le député de Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, a pris le dossier en main et il en a fait sa priorité. Mais malgré les efforts de ce dernier, impossible de connaître l’évolution de cas de Marilyn Brassard.

« Brunelle-Duceppe prend vraiment le dossier à cœur. Le problème ne vient pas de son côté. C’est un problème généralisé. Si le Cameroun n’avait pas fermé ses frontières, si sa compagnie n’avait pas annulé son billet et si Ottawa se grouillait davantage, on n’en parlerait pas aujourd’hui », déplore-t-il.

Un chaos social

Présentement, Marilyn est hébergée chez la famille de son conjoint. Néanmoins, l’eau courante et électricité coupent constamment.

Là-bas, les mesures sanitaires laissent à désirer, selon Marcel Brassard. Pire encore, trois patients atteints de la COVID-19 se sont échappés de l’hôpital où ils devaient rester en quarantaine.

Pour ajouter au problème, Marilyn Brassard ne peut plus sortir de chez elle. Même accompagnée de son conjoint d’origine camerounaise, elle est victime de racisme en raison de sa couleur de peau. Le chaos social qui règne là-bas laisse croire à plusieurs citoyens locaux que c’est une maladie ramenée par les blancs.

« Ma fille essaye de sortir pour prendre l’air. Si elle sort et si elle se fait voir, elle se fait invectiver parce qu’elle est blanche. C’est à ses risques et périls. », s’inquiète l’homme de 63 ans.

Une question de santé et d’intégrité physique, selon Alexis Brunelle-Duceppe

Le dossier de Marilyn Brassard est actuellement la priorité numéro un pour Alexis Brunelle-Duceppe et son équipe. (Photo : Courtoisie)

Marcel Brassard s’est tourné vers le député de Lac-Saint-Jean, qui en a fait sa priorité numéro un. Mais l’élu se sent impuissant face à l’appareil gouvernemental. Il s’inquiète lui aussi de la lenteur du dossier. Il souhaite qu’on la sorte de là « au plus sacrant ».

Ce dernier est en contact auprès d’attachés politiques du ministre des Affaires internationales, François-Philippe Champagne, mais ça ne va pas assez vite à son goût. D’aucune façon, il ne peut savoir si le dossier évolue.

« Le cas de Marilyn est en haut de ma liste. Le bureau du ministre m’a dit que c’était une priorité, mais je n’arrive pas à avoir de nouvelles. Je comprends qu’ils sont dans le jus, mais c’est un cas prioritaire à mon avis. Elle est enceinte et son intégrité physique est menacée », soutient celui qui est en contact quotidien avec Marcel Brassard.

Plusieurs embûches gouvernementales

Selon Brunelle-Duceppe, plusieurs problèmes entrent en ligne de compte. D’abord, il n’y a pas d’ambassade canadienne au Cameroun, mais seulement un Haut-Commissariat, attribué aux pays membres du Commonwealth.

Selon lui, il faudrait une entente avec l’ambassade du Royaume-Uni du Cameroun pour planifier un vol vers le Canada.

Autre problème, le ministère des Affaires internationales est débordé. Pas moins de 200 000 Canadiens sont actuellement à l’étranger. Et peu se trouvent au Cameroun.

« Je ne crache pas sur le ministre Champagne. Lui et son équipe se donnent beaucoup, ils ont une charge de travail démesurée, mais je pense que ce cas-là mérite d’être attardé directement. Il faut absolument que ça devienne une priorité. »

Selon le député, le simple fait que Marilyn Brassard ait pu avoir un retour d’appel du  Haut-Commissariat du Canada  montre que le dossier est sur la bonne voie. Mais ce n’est pas assez.

« Ce n’est pas tout le monde qui s’est appelé. C’est un indice qu’on est sur la bonne voie. Mais être sur la bonne voie, je ne me contente pas de ça. Je veux le résultat. Et le résultat, il faut qu’elle soit à Roberval au plus sacrant. »

La situation au Cameroun

Au moment d’écrire ces lignes, on dénombrait un total de 66 cas de COVID-19 au Cameroun. Les écoles, les restaurants et les bars sont fermés, mais le gouvernement n’a pas encore décidé de confiner la population.

Par ailleurs, un premier décès associé au virus a été enregistré hier à l’hôpital de Yaoundé, la capitale nationale. Il s’agit d’un homme qui revenait d’Italie.

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