« Si tu ne produis pas au bouchon, tu n’arrives pas ! »

Par Serge Tremblay
« Si tu ne produis pas au bouchon, tu n’arrives pas ! »

L’Indice pondéré de la variation des coûts des entrepreneurs forestiers du ­Québec (IPVCEFQ) mis au point par ­Louis ­Dupuis est clair : il en coûte 147,5 % de plus de ce qu’il en coûtait en 2011 pour opérer une entreprise de récolte forestière. Avec des prix au mètre cube qui ont à peine bougé depuis, pas étonnant que des entrepreneurs préfèrent quitter le navire.

« ­Certains donneurs d’ouvrage ont apporté des ajustements. Certains ont fait un effort plus généreux, pour d’autres c’est plus timide, mais même si tu reçois 3 ou 4 %, si tes coûts augmentent de 10 %, tu manges de l’argent », laisse tomber ­Louis ­Dupuis.

­Celui-ci rappelle que le prix offert au mètre cube récolté n’avait à peu près pas bougé depuis la fin des années 90. Les hausses des coûts d’opération étaient généralement absorbées par des gains de productivité réalisés grâce à des machines de plus en plus performantes.

Or, souligne ­Louis ­Dupuis, la technologie est arrivée à un point où on ne peut plus attendre de gains sur la productivité, ou alors ils ne seront que très mineurs. La conséquence est simple : il faut bûcher toujours davantage.

« ­Si tu ne produis pas au bouchon, tu n’arrives pas ! ­La forêt est inégale et si tu ne peux pas aller chercher ton 1 400 à 1 500 mètres cubes de récolte hebdomadaire parce que tu te retrouves dans un secteur à plus faible rendement, tu perds de l’argent à travailler. Ça ne peut pas continuer. »

Pas intéressant pour la relève

Dans un tel contexte, impossible pour une entreprise qui n’a pas des assises extrêmement solides de former de la relève. Il faut des opérateurs expérimentés aux commandes des véhicules afin de tirer un maximum de rendement des secteurs de coupe.

« ­Beaucoup d’entrepreneurs sont prêts à payer le gros prix pour des opérateurs d’expérience. Quand tu dois récolter au bouchon, tu peux difficilement former un jeune. On est rendu dans le mur et la relève ne sera pas là s’il n’y a pas la possibilité de faire des bénéfices. »

Pour ­Louis ­Dupuis, la balle est dans le camp des industriels, qui ont profité des prix élevés du bois d’œuvre pour générer des revenus très importants ces dernières années.

« ­Les entrepreneurs forestiers sont le premier maillon de la chaîne. Sans eux, il n’y aura pas de bois dans la cour des scieries. Tout le monde est en affaires pour tirer des bénéfices, c’est juste normal. »

L’économiste rappelle en outre que contrairement à bon nombre d’intermédiaires et d’entreprises, les entrepreneurs forestiers, eux, n’ont personne à qui refiler la facture. Ils sont payés au mètre cube, point.

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