Les chantiers forestiers: exploitation du peuple ou partenariat obligé?

Les chantiers forestiers: exploitation du peuple ou partenariat obligé?

Gravure représentant un chantier forestier vers 1870. Cette semaine, nous referons l'histoire de nos premiers chantiers dans la région. Source : George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, vol. 1, p. 217.

Depuis le début de ces chroniques historiques en mars dernier, le thème de l’agriculture est souvent revenu, directement ou indirectement. L’agriculture est incontournable, lorsque nous parlons de la création d’une nouvelle région à partir d’une forêt, de rivières, de petits lacs et de notre lac Saint-Jean. Coupé du reste de la province, le commerce a longtemps été fort limité et l’autonomie face à la nourriture était un impératif de survie.

Toutefois, et malgré toute la bonne volonté du monde, s’installer en un lieu encore pratiquement vierge et pouvoir manger n’étaient pas suffisant pour voir s’élever une nouvelle société. Pour avancer, il faut un moteur. Dans d’autres régions du Québec, ce moteur a tantôt été l’exploitation des mines, comme par exemple l’Abitibi-Témiscamingue, tantôt la pêche en Gaspésie, etc.

Peu importe le quoi , cela revient toujours au même principe: exploiter une ressource pour faire fonctionner un moteur économique.

Un champ de culture à Saint-Prime. Du début de la colonisation jusqu’à 1900, il était fréquent que la terre, peu rentable, force plusieurs hommes à s’exiler tout l’hiver dans les camps de bucherons.
Source: Wikipédia

Pour le Lac-Saint-Jean, tout le monde sait que ce moteur a été l’exploitation de la forêt. Mais comme on dit, le bois ne s’est pas coupé tout seul. C’est par centaines, par milliers, que des travailleurs mais aussi beaucoup de cultivateurs, quittaient à l’automne pour ne revenir qu’au printemps.

Leur destination: les chantiers

C’est de ce petit monde bien à part dont nous allons parler aujourd’hui.

L’oeuf ou la poule?

Est-ce l’exploitation forestière qui a créé la région ou la région qui a créé l’exploitation forestière? En fait, ce sont les deux. Selon les époques, l’un a été dépendant de l’autre, et inversement. En étirant un peu le concept, nous pourrions dire que les colons d’une part, et l’industrie forestière d’autre part, ont été des partenaires d’affaires. Chacune avait ses motivations propres, mais à la fin, chaque partie était bien heureuse que l’autre soit là. D’autres, plus sarcastiques, préféreront dire que chaque partie était un mal nécessaire pour l’autre. Sur ce point, à chacun sa façon de voir la chose.

Secteur des Pères Trappistes à Mistassini. Le secteur nord de la région a été le premier à voir s’établir des chantiers forestiers. Sous la gouverne de William Price, et plus tard de B.A. Scott, ces chantiers ont longtemps été une occasion pour les premiers défricheurs de pouvoir survivre.
Source: BAnQ, Fonds Dubuc

Un début teinté de confrontations

Nous sommes à l’époque d’avant la colonisation de masse au Lac-Saint-Jean. Au Saguenay, on assiste à une guerre entre divers clans qui désirent obtenir des exclusivités d’exploitation de la forêt. Un premier groupe, la mythique Société des Vingt-et-Un, menée par le non moins mythique Alexis Picoté Tremblay, obtient cette exclusivité. En effet, la Compagnie de la Baie d’Hudson, malgré sa puissance à la fin des années 1830, ne parvient pas à se structurer convenablement pour exploiter le bois au Saguenay. Son expertise étant dans la traite des fourrures, la Compagnie cède ses droits à la Société Des Vingt-et-Un, mais avec des conditions strictes : pas de commerce avec les Amérindiens, pas de pêche, pas de coupe de foin naturel, pas de bétail, et pas d’agriculture, sauf celle de subsistance.

Le monument des vingt-et-un, à Grande-Baie. Créée à la fin des années 1830, la Société des Vingt-et-Un, financée en secret par William Price, marqua le début de l’exploitation forestière au Saguenay. Rapidement, après la prise de contrôle de Price, l’exploitation se transporta au Lac-Saint-Jean.
Source: Coll. J.E. Chabot, Wikipédia

Encore en 1837 donc, l’idée même d’une colonisation pour créer une nouvelle région est fermée à double tour. D’un côté, la Société des Vingt-et-un exploite la forêt du Saguenay, et de l’autre, la Compagnie de la Baie d’Hudson conserve la traite des fourrures. Les gens présents dans la région travaillent soit pour l’un, soit pour l’autre, mais là s’arrêtent leurs ambitions.

Du moins, en apparence…

L’empire Price

La Société des Vingt-et-Un ne survivra pas longtemps à ce régime. Dès 1840, à la suite de pertes financières importantes, quelques actionnaires se découragent et vendent leurs parts à un certain William Price, qui est déjà marchand de bois à Québec. En 1842, Price achète le reste des actions, et devient seul maître à bord concernant l’exploitation de la forêt au Saguenay. Ça, c’était sur papier, mais dans la vraie vie, un groupe parallèle s’organise.

William Price est né près de Londres, le 17 septembre 1789. Débarqué à Québec en 1810, il y fonde la compagnie Price (1820). Il décède à sa propriété de Québec, le 14 mars 1867, laissant à ses fils le soin de poursuivre et de faire prospérer son empire dans la région.
Source: Wikipédia

L’histoire nous apprendra par la suite que c’est Price qui, secrètement, avait financé la Société des Vingt-et-Un.

Peter McLoed et sa suite

Si, en théorie, les conditions strictes imposées par la Compagnie de la Baie d’Hudson se terminaient en 1842, dans la pratique, il en était tout autrement. En effet, depuis 1840 déjà, des gens défient ces conditions et s’établissent en tant que colons sans lien avec l’exploitation de la forêt.

Aussi, Peter McLoed, futur fondateur de Chicoutimi, profite de son statut de métis et construit un moulin à scie, en opposition complète avec le véto de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et de l’exclusivité d’exploitation accordée à Price.

Chicoutimi vers 1880. Le village fut fondé par Peter McLeod, à la suite de plusieurs différents avec Price. Plus tard, les deux hommes devinrent associés.
Source: illustration parue dans L’Opinion publique

Après un combat épique où chacun fera valoir ses droits, Price comprend finalement qu’il devra faire contre mauvaise fortune, bon coeur, et accepte de faire avec McLeod . Une alliance entre ces deux hommes de pouvoir nait. Encore aujourd’hui, la nature de cette alliance est discutée. Pour certains, Price a simplement profité du statut de métis de McLeod pour faire avancer ses projets. Pour d’autres, McLoed a favorisé la colonisation en faisant valoir ses droits et en tenant tête, du moins au début, à Price.

Illustration montrant Peter McLoed, à droite. Métis, il milita en faveur de la création d’une réserve amérindienne au Lac-Saint-Jean. Cette scène le représente avec des chefs amérindiens de la région en train de présenter une pétition au gouvernement du Canada afin qu’il protège la nation Montagnaise.
Source: Tableau de Théophile Hamel peint en 1848 intitulé Trois chefs montagnais et Peter MacLeod. Annales d’histoire de l’art canadien 21(1-2) : 40-61

L’un dans l’autre, le résultat final sera que d’une part la colonisation de la région était maintenant irréversible, et d’autre part, l’exploitation de la forêt pouvait se faire à très grande échelle.

Ici, je me dois de peser sur le bouton pause de cette chronique quelques secondes. Autant William Price que Peter McLoed sont des monstres de notre histoire régionale. Ces deux personnages, plus grands que nature, sont d’une complexité sans nom à décrire en détail, autant par leurs personnalités, carrières, actions, influences, relations, et j’en passe. Parlant d’exploitation forestière, on a sans doute coupé des forêts entières seulement pour imprimer les divers livres qui tentent de faire le tour de la question. Ce n’est pas cette chronique qui, en quelques lignes, va prétendre tirer une conclusion à tout cela. Encore aujourd’hui, ce seul sujet provoque des passions de tous les côtés, quitte à déchirer sa chemise. Je vous réfère donc à ces ouvrages de référence pour vous faire votre propre tête, et si vous êtes du type sanguin, déchirer votre chemise pour le camp de votre choix. D’ici là, nous allons continuer cette chronique bien calmement…

Contrer l’exode des Canadiens français

Pour ajouter à la pression en vue d’une colonisation de masse, le gouvernement du Québec a un autre impératif. Il faut contrer, et au plus vite, l’exode de milliers de compatriotes qui s’exilent aux États-Unis. Il faut des terres, et tous les rapports des arpenteurs disent la même chose: la terre promise, pour l’agriculture et la colonisation, est au Lac-Saint-Jean.

Encore une fois, Price devra avaler la pilule et composer avec cette colonisation. Non sans s’être assuré avant tout plusieurs exclusivités dans le nord du Lac-Saint-Jean.

Tout cela est bien beau, mais dans la seconde moitié des années 1800, le nord du Lac-Saint-Jean, c’est loin. C’est même très très loin, considérant les techniques de l’époque.

Pas le choix, il faut des chantiers!

Un chantier, c’est quoi au juste?

Nous venons de faire un bien grand détour pour en arriver à nos chantiers du Lac-Saint-Jean. Il était toutefois nécessaire, car avant tout, un chantier forestier n’est qu’un des maillons d’une chaine d’exploitation beaucoup plus longue, qui part de notre bucheron, et se rend, par exemple, jusqu’en Angleterre dans d’autres chantiers, soit ceux de la construction navale.

Un camp forestier typique de l’époque.
Source : Archives de l’Ontario, Collection Charles MacNamara.

Pauvreté maudite

Le thème de la pauvreté est récurrent lorsque nous parlons de ces premières décennies de colonisation du Lac-Saint-Jean. À un tel point que par moments ça devient assommant de l’entendre, comme si nous devions nous sentir coupable de quelque chose. L’idée ici n’est pas de cet ordre. Ce que je veux faire ressortir, en lien avec l’histoire des chantiers forestiers, c’est que très souvent, les colons ne pouvaient simplement pas faire vivre leur famille avec leur terre. L’appétit des enfants ne cesse pas avec l’arrivée de la neige et du froid, pendant que la terre, elle, ne produit plus rien.

Pour une majorité, s’exiler loin de sa famille pour couper du bois ne se faisait pas par choix.

Malheureusement de mauvaise qualité, cette photographie montre l’un des premiers camps forestiers de la région, sur la Péribonka. Ce camp appartenait à Benjamin-Alexander Scott. Plusieurs centaines de nos ancêtres ont travaillé dans les camps de Scott après 1890.
Source: inconnue

Pour illustrer mon propos, je vous soumets ici un extrait fascinant du livre Histoire de Roberval , de Rossel Vien, écrit en 1955. Ce bout de texte ne concerne pas Roberval en particulier, mais bien tous les colons qui étaient dans la région cent ans avant, en 1850. J’utilise cet extrait, car à mes yeux il a toujours été celui qui décrit le mieux la pauvreté de nos ancêtres. Comme je ne pourrais faire mieux que ce texte, autant l’utiliser, lui.

« Tous les survivants de l’époque primitive gardèrent le souvenir d’une lutte humble mais héroïque. « C’était pauvre, c’était pauvre », voilà le leitmotiv de leurs souvenirs. Voix des curés, voix du conseil municipal, elles reprennent toutes à l’unisson ce refrain: « c’était pauvre ». Dans sa première visite au Lac-Saint-Jean, Ernest Gagnon fut si touché de la pauvreté des colons que, de retour à Québec, il fonda une société de secours pour leur venir en aide.

Un colon du Lac-Saint-Jean a résumé ainsi la vie du défricheur: « L’homme seul au milieu de cette immensité qui ne lui présente que des obstacles, des privations de tous genres, la lutte partout, un combat continuel contre la nature, des découragements à surmonter à chaque pas, des travaux souvent rendus inutiles par des contre-temps et des accidents multiples, de maigres récoltes perdues, enfin des attentes de secours qui ne viennent jamais. La misère, prenant chaque jour une figure nouvelle, voilà ce que c’est que la vie de colon. »

Rossel Vien de continuer : « Il n’y avait pas de communication, pas d’argent, pas de confort, pas d’hygiène, pas de médecine ». « Ainsi s’opérait une sélection chez les colons. Ceux qui n’avaient pas assez de courage ou de résistance physique retournaient dans les vieilles paroisses… Ceux qui étaient faibles ou malades mouraient. Les enfants chétifs mouraient. »

Les chantiers forestiers au secours d’une population affamée

Le titre de ce paragraphe peut paraître exagéré, pourtant, pour une bonne partie de la population, c’était une réalité. En 1873, l’auteur Arthur Buies est de passage dans la région. Il en fera cette description alarmante, « Durant l’été de 1873 je parcourais pour la première fois de ma vie ce qui était alors la sauvage, pauvre et misérable région du Lac-Saint-Jean. C’était un pays voué à la désolation et à la ruine. Tous les jours il se dépeuplait. » (1)

La scierie des Pères Trappistes dans les années 1890. Cette scierie était alimentée en bois grâce aux chantiers dans le nord de la région.
Source: Livernois

C’est ainsi que par nécessité, des centaines de pères de famille quittaient leur terre à l’automne pour ne revenir qu’au printemps. Si plusieurs étaient de jeunes célibataires, un grand nombre laissait femme et enfants. Est-ce nécessaire de mentionner que pour toutes ces épouses, ces hivers, souvent isolées avec une horde d’enfants, supposaient tout autant de privations, d’insécurité, de précarité dans tout et d’une force phénoménale pour passer à travers…

La vie dans les premiers chantiers

Cette première grande période des chantiers forestiers, sous la gouverne de la compagnie Price, est surtout une nécessité de survivance. Souvent, les hommes doivent monter à pied à ces chantiers. Sur place, aucun service. Les travailleurs fournissent couvertures et ustensiles. Dans le camp, un seul mobilier: des lits. Soit un seul grand où les hommes y dorment pêle-mêle, ou de petits lits à étages recouverts de branches de sapin.

Pour le chauffage, rien n’est simple. Il y a un énorme trou au plafond pour que la fumée sorte, car le chauffage et la cuisine se fait à l’aide d’un feu ouvert en plein milieu du camp. Nous sommes l’hiver, donc au matin, il fait aussi froid à l’intérieur qu’à l’extérieur. Également, lors des journées de grands vents, la fumée ne parvient pas à sortir du camp et l’air devient vite irrespirable, sans compter les yeux qui chauffent et piquent.

Illustration de l’intérieur d’un camp de bucherons vers 1870. À remarquer, le feu central qui servait autant à faire la cuisine qu’à procurer un peu de chaleur. Tout autour, les lits des travailleurs, et un tronc d’arbre pour s’asseoir. Un trou au plafond permettait à la fumer de quitter le camp, mais pas toujours…
Source: George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, vol. 1, p. 217.

Les poux

Très rapidement, les poux abondent. Mais attention, pas comme dans l’expression il y en a beaucoup , mais plutôt comme dans l’expression c’est noir de poux . Si s’enduire d’huile de charbon pouvait les éloigner un peu, il était difficile de lutter contre cette petite bibitte qui finissait par vous empêcher de dormir.

J’ai personnellement un oncle qui me racontait, lorsque j’étais enfant, que dans les chantiers, la seule façon qu’ils avaient trouvée pour avoir la paix quelques heures était d’attendre le maximum de temps que tous les poux aient traversé les vêtements, puis, juste avant de dormir, virer de bord pantalons et chandails. Ainsi, il pouvait dormir un peu, le temps que les poux retraversent les vêtements!

La nourriture et l’horaire de travail

Vous pouvez vous en douter, c’était la base: pain, soupe au pois, lard salée, fèves au lard, mélasse, sauce à la poche (farine, eau avec gras de viande), picoune (sauce à base de farine et d’eau de maigre de lard). (2)

Pour l’horaire, c’était sans arrêt du matin au soir.

Illustration de 1880. Les hommes travaillaient du matin au soir dans des conditions difficiles et sans aucune protection. La nourriture, riche en graisse, donnait l’énergie nécessaire. Toutefois, la variété culinaire n’était pas au rendez-vous.
Source: George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, volume 1, p. 219.

Peter McLoed, comme employeur, n’était pas reconnu pour sa grande humanité à certains égards. Dans une lettre que McLoed adressa à Damase Boulanger le 3 décembre 1846, le chef d’entreprise précise les exigences que Boulanger doit faire respecter :

« Mes ordres sont de charger cinq shillings pour maladie par jour de pension à ceux qui perdront du temps mal à propos » … « Tout homme qui désobéira aux ordres de celui qui sera appointé pour le conduire, qui ne donnera pas satisfaction, sera congédié immédiatement et il n’aura pas un seul sou de ses gages » … « Je veux aussi qu’il soit bien entendu que tout raccommodage sera fait le soir, après la journée faite. Le temps de travail sera du petit jour le matin jusqu’à la nuit : il faudra que les hommes partent du chantier avant le jour afin d’être rendus à leur ouvrage aussitôt qu’il fera assez clair pour travailler et ils ne laisseront pas l’ouvrage avant qu’il fasse trop noir pour pouvoir continuer. »

Il est aussi utile de mentionner que chaque travailleur se faisait retrancher une partie de son salaire pour la pension au camp.

La dalle, ou glissoire, à Alma. Structure emblématique de l’industrie forestière et des camps de bucherons dans la région, elle permettait aux billots de passer du lac Saint-Jean au Saguenay. Toutefois, l’éloignement entre les camps et cette structure causa d’énormes pertes de bois qui ne se rendirent jamais à destination. Pendant longtemps on ramassa des tonnes de billots sur les berges du lac…
Source: Société historique du Saguenay, P002,P00719-02

Les chantiers, un moteur économique sujet à des discussions animées!

Nous avons aujourd’hui surtout abordé la période 1840-1890 concernant ces premiers chantiers primitifs, en lien avec le début de la colonisation de la région. Après 1890, l’ère du train changera certains aspects de la vie des bucherons, mais pas tant que cela. Certes, les poêles à bois apparaissent dans les camps, la nourriture s’améliore un peu, et la machinerie accélère le travail.

Mais justement, si l’arrivée de toutes ces technologies accélère le travail, le bucheron, lui, ne trime pas moins pour autant.

À la fonte de la neige, on profitait de la crue des eaux pour envoyer les milliers de tonnes de billots dans les rivières en direction du lac Saint-Jean. Ce travail, la drave, n’était pas moins éreintant pour les travailleurs. Au surplus, il était encore plus dangereux, puisque plusieurs ne savaient pas nager. À chaque année il y avait des noyades.
Source : Coll. Pierre Louis Lapointe. Photographe inconnu.

La présence des chantiers forestiers de Price a donné l’opportunité à des centaines de colons de pouvoir rester dans la région à une époque extrêmement difficile. Ce moteur économique a joué son rôle.

En contre-partie, se pose toute la question de l’exploitation de l’humain par ces mêmes entreprises de l’époque, et également bien après cette période.

Cette dualité, complexe à analyser et pleine de nuances, ne doit pas nous faire oublier que ces deux entités, soit les colons et l’industrie, ne pouvaient survivre sans la présence de l’autre.

En terminant, puisque la période de Noël est à nos portes, je ne peux m’empêcher de vous partager les paroles de la chanson Noël au camp , de Tex Lecor. Si écouter la chanson est agréable, lire le texte en forme poème l’est tout autant. Je crois qu’elle reflète bien ce que vivait ces travailleurs courageux qui s’escrimaient dans nos chantiers!

Onze heures, pis aujourd’hui, ben c’est Noël
Pis pour moé, ben c’est mon dix-huitième
J’ai passé la journée à regarder dehors
Pis ça fait trois jours qui neige ben raide
Pis que les chemins sont bloqués ben dur

Avant-hier, on a reçu des cartes
Pis on a passé la soirée
A regarder les images qui avait dessus
Moé, j’ suis pas pire
J’en ai cinq d’accroché sur mon mur au-dessus de mon buck

J’en ai même une qui est faite à main
C’est d’ mon père
C’est un artiste mon père
Y a jamais été à l’école pour apprendre ça
C’est comme un don
Y’é capable de dessiner tout c’ qu’y voit

Excepté ma mère
Y dit qu’est trop belle, pis qu’y a jamais voulu essayer

Hé Rosaire, quelle heure qu’y est ?
Minuit dans vingt
Merci ben

Ça doit être noir de monde sur le perron de l’église
Mon oncle Papou doit être nerveux là
C’est lui qui chante le «Minuit Chrétiens» dans notre paroisse
Cré Papou, y doit tanker dur là lui

Ma tête me tourne un petit brin
C’est que j’ai quasiment bu le 26 onces à Rosaire
En écoutant les cantiques à la radio
Ça pas dérougi de la journée
Non, mais c’est-y beau de la musique de Noël

C’est ben pour dire
On a beau pus être un enfant
Pis être capable de faire face à la vie
Pis, en ce moment, ben
J’ai comme des boules dans gorge

Pis si c’était pas de ce maudit orgueil
Ben j’ cré ben que j’ braillerais

Ah, c’est une grande chose pareil
Un p’tit enfant vient au monde
Pis toute la terre le sait

Ti-Jésus, même nous autres icitte dans l’ bois
Qui te blasphème à grande journée
Tu sais que c’est pas pour mal faire
On a appris à sacrer avant de marcher

C’est pas pour être méchant Ti-Jésus
Toé, tu nous connais icitte
Les gars de bois, tu l’ sais

Hé les gars, vous êtes ben tranquilles ?

Sept, huit, neuf, dix, onze, douze
Joyeux Noël tout le monde!!

Il est né le divin enfant
Jouez hautbois, résonnez musettes
Il est né le divin enfant
Chantons tous son avènement….

Noël au camp, vers 1880.
Source : George Munro Grant, Picturesque Canada; The Country as it Was and Is, Toronto, Belden Brothers, 1882, vol. 1, p. 223.

Site Internet Saguenay-Lac-Saint-Jean histoire et découvertes historiques:
https://slsjhistoire.com/

Christian Tremblay, chroniqueur historique

Note 1: Arthur Buies, Le Saguenay et le bassin du Lac-Saint-Jean, 1896, P. 405
Note 2: Les chantiers au nord du Lac-Saint-Jean, 1850-1950, Isabelle Trottier et Huguette Labrecque. Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P.99

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des