Un second poste de traite de la rivière Métabetchouane : Le saviez-vous?

Un second poste de traite de la rivière Métabetchouane : Le saviez-vous?

Le second poste de traite de la rivière Métabetchouane vers 1900. SOURCE: Société d'histoire du Lac-Saint-Jean. Collection Samuel McLaughlin.

Le poste de traite de Métabetchouan sous le régime Français
Nous parlons habituellement du poste de traite de Métabetchouan. Ceci est une inexactitude historique. Nous devrions parler des postes de traite de Métabetchouan.
En effet, dans l’histoire des postes de traite de la région, il y a un grand oublié: Le poste de traite sous le régime Français. Il ne reste plus rien, ou presque, de ce poste. Pourtant, il a bel et bien existé!
Il y a deux périodes très distinctes. Elles sont faciles à diviser: la période sous la domination Française (1550-1760) et la période sous domination Anglaise (1760-1867).
Ces deux périodes sont très différentes à plusieurs niveaux. Sous les Français, la ressource (les fourrures) était abondante et les relations avec les Kakouchaks, nom donné aux amérindiens du Lac-St-Jean à l’époque, étaient sommes-toutes assez bonnes. Ceci évidement dans le contexte historique.

Un petit tour à Tadoussac
En 1626 le père Lallemant décrit, en ces termes, ce qui était traité au poste de Tadoussac.
” … des capots, des couvertures, bonnets de nuict, chapeaux, chemises, draps, haches, fers de flesches, aleines, espées, des tranches pour rompre la glace en hyuer, des cousteaux, des chaudières, pruneaux, raisins, du bled d’Inde, des pois, du biscuit ou de la galette et du petun” (R.J., 1626, p.5)

Une transaction dans un poste de traite
SOURCE: Wikipédia

La période d’activité
C’est beaucoup à cause de l’abondance de la ressource que le poste de Métabetchouan, sous les Français, n’a été en fonction que très sporadiquement, à partir de 1676, jusqu’à la fin du régime en 1760.
En effet, cette abondance ne nécessitait pas encore un grand éloignement pour avoir accès aux divers animaux chassés.
Tellement abondante, d’ailleurs, que très rapidement la région se trouva en situation de surexploitation.
En 1715. On découvre, avec horreur, que les réserves de peaux de castors dans les entrepôts ont été mangés par les rongeurs. La perte est énorme et le gaspillage aussi.
D’autant plus que les inventaires sont maintenant à zéro et que la chasse doit encore s’intensifier pour répondre à la demande, créant ainsi une plus grande pression sur le gibier disponible.
C’est en 2012 qu’un mémoire fût présenté, à l’Université du Québec à Chicoutimi, par Marilyn Tremblay. Celui-ci résume ce que nous connaissons de ce poste de traite, en lien avec les travaux archéologiques, menés depuis le début des années 1980.
Dans son mémoire, Mme Tremblay récapitule ainsi la situation de ce poste de traite très peu connu, comparativement au Poste du Roy (Poste de traite de Desbiens) sous le régime Anglais:
“Le choix s’est porté sur le poste français, érigé à l’embouchure de la rivière Métabetchouane, au Lac-Saint-Jean, un poste secondaire construit en 1676.
Ce poste est aussi connu sous le nom de poste de Métabetchouan, de poste du Lac (ici Lac-Saint-Jean) et de mission jésuites Saint-Charles (car sous le patronage de Saint-Charles de Borromé).
Peu documenté pour ce qui est de sa période d’occupation française, il appartenait au réseau de traite qui fournissait en pelleteries le poste entrepôt de Chicoutimi.”
De plus, fait intéressant à noter, les amérindiens de la région gardaient pour eux les secteurs de chasse les plus prolifiques.

Mais où était-il exactement ce poste?
Il y eut longtemps des incertitudes à ce sujet. Comme nous parlons ici de rustiques cabanes de bois, on peut facilement s’imaginer que la nature a repris le dessus depuis 1760.
C’est ici que l’archéologie moderne vient à notre secours. Grace au travail colossal de Michelle Guitard et son équipe, en 1984, et du mémoire universitaire de Marilyn Tremblay, de 2012, nous pouvons en savoir beaucoup plus.

Photo aérienne de la rivière Métabetchouane, avec indication de l’emplacement du lieu où était le poste de traite. 1926.
SOURCE: Courtoisie Marilyn Tremblay, mémoire en maîtrise. 2012.

Comment faire en archéologie pour déterminer quoi était où? En comptant et géolocalisant les clous!
Dit comme cela, ça semble très réducteur. Toutefois, il s’agit ici d’un travail de moine et d’une minutie admirable.
Je parle de compter les clous, mais pas seulement cela. Il faut aussi répertorier bien d’autres objets, comme les perles en verre, le cuivre, le silex, le métal, les matériaux de construction, la céramique, ainsi que pipes, briques, et tous les autres objets trouvés.
Il est question ici de plus de 7 000 objets à identifier, géolocaliser et mettre sur des plans.

Plan de la distribution des clous lors des fouilles archéologiques sur le site du poste de traite sous le régime Français.
SOURCE: Courtoisie Marilyn Tremblay, mémoire en maîtrise. 2012.

Ce qu’il y avait

Dans Les journaux de voyage de Louis Hubert de Lachesnaye (1731) et de Joseph-Laurent Normandin (1732), on retrouve cet inventaire fascinant, datant de 1732.

Déjà, en 1732, Normandin parlait de lieu “…qui servoient aux l’établissement des François d’autrefois et dont il reste encore des vestiges assez considérables”.

  • Une maison scituées à environ un arpent du bord de la reviere Metabetchanon et à deux arpents du bord du lac St ]ean.
  • Laditte maison bâtie sur quatre poteaux et close de madriers embouvetez.
  • Le planché d’en haut fait de madriers, lesquels ne sont pas entirement gastez.
  • Celuy d’en bas entièrement gasté par les coups de haches des sauvages.
  • Une couverture de bardeau qui n’est pas encore hors de service pouvant très bien se raccommoder.
  • Une cheminée de terre au bout du ouest de ladite maison.
  • Dans la ditte cheminée, il y a un garde feu de fer.
  • Deux fenêtres de deux pieds en carré scituées l’une de lautre, nord et sud.
  • Une porte du costé du sud de deux pieds et demy de large.
  • Laditte maison a 14 pieds sur touttes faces et 15 pieds de hauteur.
  • Un arpent au sud de laditte maison, est un magasin basti de même espèce que laditte maison.
  • Il y à 14 pieds de long sur 13 pieds et demy de large, couvert aussy en bardeau mais les planchers ont etez ruinez par les sauvages. Il y avoit une cave sous ledit magasin, mais le placher a été enfoncé et il est entièrement perdu.
    Projection du bâtiment décrit par Joseph-Laurent Normandin en 1732
    RÉALISATION: Marilyn Tremblay Laboratoire d’archéologie UQAC, 2011
    Liste des bâtiments selon les époques, sous le régime Français.
    SOURCE: Relations des Jésuites et Michelle Guitard, 1984.

    Description des bâtiments faite par Normandin en 1732.
    SOURCE: Normandin

Voici quelques images de ce qui a été retrouvé sur les lieux au fil des recherches.

Bague de Jésuite en laiton
SOURCE: Courtoisie Marilyn Tremblay, mémoire en maîtrise. 2012.
Hache française
SOURCE: Courtoisie Marilyn Tremblay, mémoire en maîtrise. 2012.
Quelques clous retrouvés lors des fouilles archéologiques.
SOURCE: Courtoisie Marilyn Tremblay, mémoire en maîtrise. 2012.

Je vous invite également à visionner le carrousel, au bas de cette chronique, pour voir d’autres objets.

La fin du poste de traite sous le régime Français
Au début du XVIIIe siècle, les conflits entre Français et Anglais débutent sérieusement. Le poste de traite de Métabetchouan tombe un peu dans l’oubli et il finit par être définitivement abandonné.
Le régime Anglais débute vers 1760. Toutefois, les choses ont changé. La ressource est plus rare et les amérindiens ont été décimés par de multiples conflits tant externes qu’internes.
Cette nouvelle situation force l’apparition d’un nouveau métier: le coureur des bois. Ces hommes, parfois blancs mais souvent métis, font maintenant partie de notre folklore collectif.

Pierre Royer, célèbre coureur des bois au Québec. 1889.
SOURCE: L’album universel, vol. 19 no 31. p. 721 (29 novembre 1902)1313

Les Anglais, nouveaux maîtres des lieux, sont alors forcés de rouvrir un poste de traite à Métabetchouan, avec une nouvelle appellation, le Poste du Roy.
Lorsque nous parlons du poste de traite de Métabetchouan, c’est surtout à celui de cette seconde époque, sous le régime Anglais, que nous référons.
Ce dernier est situé sur l’autre rive de la rivière Métabetchouane et est aujourd’hui un lieu touristique.
Nous y reviendrons certainement bientôt…

 

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