Temps de lecture : 4 min 20 s

La violence envers le personnel explose dans les écoles du Québec

Le 26 octobre 2026 à 16 h 00
Par Émile Boudreau - Journaliste

La violence à l'égard du personnel de soutien scolaire a connu une hausse fulgurante au cours de la dernière année, selon les plus récentes données recueillies par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ). 

Près de 30 000 gestes de violence ont été recensés dans les centres de services scolaires et les commissions scolaires du Québec en 2025-2026. Les données compilées par la FPSS-CSQ font état de 29 772 gestes de violence rapportés, comparativement à 15 178 en 2024-2025. Il s'agit d'une augmentation d'environ 96 % en seulement un an.

« Ce que ces chiffres nous disent, c'est que la violence n'est plus un phénomène marginal dans nos écoles. Quand près de 30 000 gestes sont recensés en une seule année scolaire, il faut arrêter de banaliser la situation. Se faire frapper, menacer, harceler ou intimider ne doit jamais être considéré comme faisant partie du travail », affirme Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ.

Les employés en première ligne les plus touchés

Certaines catégories d'emploi sont particulièrement exposées aux comportements violents. Les techniciennes et techniciens en éducation spécialisée, les éducatrices et éducateurs en milieu scolaire, les préposées et préposés aux élèves handicapés ainsi que les surveillantes et surveillants d'élèves ont à eux seuls déclaré 17 533 gestes de violence en 2025-2026. Cela représente près de 60 % de tous les incidents recensés.

« Ce sont précisément des travailleuses et des travailleurs qui sont au cœur de la relation avec les élèves, souvent auprès de jeunes ayant des besoins particuliers. On leur demande d'intervenir, de prévenir les crises et d'assurer la sécurité des élèves et du personnel scolaire. Mais, on doit aussi les protéger, leur donner les ressources, les effectifs et les conditions nécessaires pour effectuer ce travail de façon sécuritaire », poursuit Éric Pronovost.

Une tendance qui s'aggrave depuis plusieurs années

Au-delà de la récente augmentation, la fédération observe une progression constante des actes de violence dans les écoles depuis 2018-2019. Cette année-là, 2 589 gestes avaient été recensés. Sept ans plus tard, les gestes de violence rapportés ont connu une hausse de plus de 1 049 %.

La violence physique demeure la forme la plus courante. Le nombre de cas est passé de 1 682 en 2018-2019 à 21 731 en 2025-2026. La violence psychologique a également connu une forte progression, passant de 57 à 3 947 cas. Le harcèlement, la violence sexuelle et la cyberintimidation affichent eux aussi des augmentations marquées au cours de la période, grimpant de 402,7 %, 6 300,0 % et de 800,0 % respectivement.

La FPSS-CSQ précise toutefois que le nombre de centres de services scolaires et de commissions scolaires ayant participé à la collecte de données est passé de 27 à 47 entre 2018-2019 et 2025-2026. Toutefois, malgré cette variation, la moyenne de gestes de violence par organisation est passée de 95,9 à 633,4, une hausse d'environ 560 %, ce qui confirme selon elle une tendance préoccupante.

Les élèves à l'origine de la majorité des incidents

Les élèves demeurent les principaux auteurs des gestes de violence signalés. En 2025-2026, 21 742 incidents leur sont attribués, comparativement à 10 910 l'année précédente et à seulement 922 en 2018-2019.

Les données de l’étude font également état de 205 gestes posés par des parents, 408 par des collègues et 230 par des supérieurs. Une réalité qui contraste fortement avec celle observée en 2018-2019, où seulement trois cas impliquaient des parents, deux des collègues et aucun un supérieur.

« Derrière chacun de ces chiffres, il y a un membre du personnel qui a vécu une situation qui aurait dû être évitée. Et derrière bien des gestes posés par des élèves, il y a aussi des besoins auxquels notre réseau aurait dû être capable de répondre. La solution n'est pas de pointer du doigt les jeunes. Elle passe par davantage de prévention, des équipes suffisantes, des interventions rapides et des milieux capables de soutenir à la fois les élèves et le personnel », souligne Éric Pronovost.

Des impacts croissants sur la santé du personnel

Cette montée de la violence survient dans un contexte où l'état de santé du personnel de soutien scolaire se détériore également. Selon les données obtenues auprès du ministère de l'Éducation nationale, le nombre de personnes ayant bénéficié d'un arrêt de travail reconnu par la CNESST est passé de 2 580 à 4 095 entre 2020-2021 et 2024-2025, une augmentation de 58,7 %.

Le nombre de journées d'absence associées à ces dossiers a quant à lui presque doublé, passant de 76 285 à 152 022 jours. Les absences pour maladie ont augmenté de 86,2 %, tandis que les journées liées aux invalidités ont progressé de 38,6 % pour atteindre 529 548 jours.

« Ces données doivent faire réagir les organismes scolaires et le ministère de l'Éducation nationale. D'un côté, nous constatons une explosion des gestes de violence; de l'autre, les absences liées aux accidents de travail, à la maladie et aux invalidités augmentent de façon importante. Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de travailleuses et de travailleurs qui soutiennent les élèves chaque jour et qui sont de plus en plus à bout de souffle. On ne peut pas continuer à leur demander toujours plus sans tenir compte de leur santé et de leur sécurité », affirme Éric Pronovost.

Un phénomène encore largement sous-déclaré

Face à cette situation, la fédération demande au gouvernement du Québec de mettre en place des mécanismes uniformes permettant de documenter les événements de violence, de les analyser et d'intervenir plus rapidement. Elle réclame également davantage de mesures de prévention, un meilleur soutien aux victimes ainsi que des ressources supplémentaires dans les établissements scolaires.

« Ce qu'on ne mesure pas adéquatement est beaucoup plus difficile à prévenir », indique Éric Pronovost.

La FPSS-CSQ estime par ailleurs que les chiffres réels de geste de violence pourraient être beaucoup plus élevés. Selon un sondage effectué auprès de 4 901 de ses membres, seulement 13 % des personnes ayant subi un geste de violence affirment remplir un rapport d'incident. Plusieurs répondants expliquent leur silence par le sentiment que les signalements n'entraînent aucun changement concret ou encore par la crainte de représailles de la part de leur direction.

« Si seulement 13 % des victimes remplissent un rapport d'incident, les 29 772 gestes de violence déclarés ne représentent vraisemblablement que la pointe de l'iceberg de ce que subit réellement le personnel de soutien scolaire. Derrière ces chiffres se cache une réalité beaucoup plus préoccupante. Il est grand temps que les choses changent. », conclut Éric Pronovost

RECOMMANDÉS POUR VOUS


Publié à 14h00

Vaccination: plus de 33 000 rendez-vous au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Les saguenéens et les jeannois veulent plus que jamais contrer toute possible grippe qui pourrait les atteindre. En date du lundi 25 octobre, on dénombre plus de 33 000 rendez-vous qui ont été réservés pour la vaccination saisonnière. Ce chiffre représente le tiers des rendez-vous disponibles. Jusqu’à présent, plus de 12 200 personnes ...

Publié à 12h00

Accident chez Niobec : opérations toujours suspendues

Les opérations souterraines sont toujours suspendues à la mine Niobec de Saint-Honoré, après qu’un accident y soit survenu samedi dernier. Rappelons que les câbles d’un élévateur (ascenseur) auraient subi un bris. Selon des sources à l’interne, ce qu’on appelle aussi le « skip », d’une capacité de 20 tonnes et qui sert au ...

Publié le 24 octobre 2026

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Haute-Mauricie pulvérise son record de production

Les producteurs de bleuets sauvages du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Haute-Mauricie signent une saison exceptionnelle avec une récolte estimée à 114 millions de livres, un volume supérieur au précédent sommet régional. Les conditions météorologiques favorables, l’expansion des superficies cultivées et l’amélioration des ...