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Prostitution au Saguenay-Lac-Saint-Jean

« C’est aussi facile de se trouver une prostituée à Normandin qu’à Toronto » - Karine Côté, professeure titulaire à l’UQAC

Le 07 février 2024 — Modifié à 10 h 11 min
Par Yohann Harvey Simard - Journaliste

Au cours des dernières années, les proxénètes ont pris d’assaut les réseaux sociaux, notamment Snapchat, à des fins de recrutement pour la prostitution. Aussi, l’arrivée des plateformes numériques a contribué à accroître l’accessibilité aux services sexuels.

« On voit de plus en plus de réseaux de prostitution, des gangs de rue, qui vont recruter des femmes en ligne, mais généralement des jeunes filles, pour qu’elles offrent des services sexuels. C’est un phénomène qui est beaucoup, beaucoup en augmentation », soutient Maude Dessurault, intervenante sociale en exploitation sexuelle au Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (Calacs) de Saguenay.

Dans ce type de cas, précise l’intervenante, les proxénètes tentent d’hameçonner leurs victimes en dépeignant l’industrie du sexe comme « une industrie glamour, lucrative et enrichissante ». De plus, ce sont souvent des filles d’âge mineur qui seront sollicitées du fait qu’elles sont particulièrement présentes sur les réseaux sociaux.

Dans le même ordre d’idées, le directeur du Travail de rue d’Alma, Guillaume Bégin, affirme qu’il a vu la prostitution « se transformer ».

« Avant, on regardait ça dans les petites annonces. Maintenant, on voit des choses comme le sextage. »

Plus grande accessibilité

Par ailleurs, à l’ère d’Internet, plus besoin d’arpenter les rues malfamées pour obtenir les services d’une prostituée, il suffit que de quelques clics. Même que « la prostitution de rue, ça n’existe presque plus », indique Maude Dessurault.

« Pour un client, c’est aussi facile de se trouver une prostituée à Normandin que ce l’est à Toronto », affirme pour sa part Karine Côté, psychologue ainsi que professeure et chercheuse au département des sciences de la santé de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Faute de pouvoir parler d’une augmentation de la prostitution, elle peut du moins affirmer « qu’au fil des années, c’est devenu de plus en plus facile pour un homme d’obtenir des services sexuels ». Une conclusion à laquelle elle est arrivée au terme des nombreuses études qu’elle a dirigées sur la question.

Autre constat frappant : il est d’une étonnante facilité de recruter des personnes, plus souvent des femmes, à des fins de prostitution. Dans le cadre de ses recherches, Karine Côté a elle-même procédé à des expériences de recrutement.

« Quand j’obtiens des fonds, en une seule journée, je suis capable de recruter 10 personnes adultes par jour, que ce soit à Saguenay ou au Lac-Saint-Jean. Au bout de quatre mois, je dois arrêter parce que je suis arrivée au bout de mes ressources financières. C’est sans fin, et ce que ça démystifie, c’est que c’est aussi facile en région que dans les grandes villes d’obtenir les services d’une prostituée. »

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