« Fuck les Arabes ! » Cette phrase n’est pas de moi. Les mots étaient adressés à des ouvriers qui prenaient leur pause à l’extérieur. Ils étaient simplement assis à discuter quand une passante a décidé de leur hurler qu’à ses yeux, ils n’avaient pas leur place ici.
Après le choc de me dire ‘ben voyons, est-ce réellement arrivé’ le premier sentiment qui m'a traversée a été la tristesse. Pour ces hommes, évidemment, mais aussi pour cette femme.
Cette femme qui démontre en plein jour l’échec de son éducation. Je ne parle pas de diplômes ou de scolarité, mais de cette éduction qui apprend le respect, la curiosité, l'ouverture, la capacité de voir un être humain avant de voir une couleur de peau, une langue ou une religion.
Et puis… Je me souviens. C’est écrit sur nos plaques de char. Pourtant, y’en a une bonne gang qui ont oublié que les migrants ne sont pas une anomalie de notre époque.
L’histoire de l'humanité est un immense récit de départs. Depuis que le monde est monde, les humains migrent. Ils quittent un village pour un autre, un pays ou un continent. Ils fuient la guerre, la famine, la pauvreté ou l'absence d'avenir. Ils cherchent la sécurité, du travail, une vie meilleure.
Nos ancêtres l'ont fait, les tiens comme les miens. Sans des millénaires de mouvements de population, aucun de nous ne serait exactement là où il est aujourd’hui.
Oublier cela, c'est oublier notre propre histoire et cracher au visage de nos aïeuls qui ont un jour assez souffert assez pour dire : je veux le meilleurs pour mes enfants, je quitte tout pour leur offrir mieux. Et on leur doit notre présence ici, maintenant.
Évidemment, on peut discuter d'immigration. On peut débattre du nombre de personnes que le Québec est capable d'accueillir, des défis du logement, de l'intégration, de la langue ou des services publics. Les conversations sont légitimes, mais elles ne devraient jamais nous faire oublier qu'avant d'être un dossier, un migrant est une personne. Et sans l’apport extraordinaire de ces personnes, soyez assuré que c’est toute l’économie québécoise qui en souffrirait.
J’en reviens à cette pauvre femme qui a invectivé le groupe de travailleurs. Elle n'a pas crié après une politique gouvernementale, elle a crié après d’autres humains. C’est petit et c’est hypocrite. L’accueil est toujours gagnant sur le long terme, le rejet, jamais.
« Fuck les ignorants ». Ça, c’est de moi.