Il y a peu de plaisirs aussi sous-estimés que celui d’éteindre le fan du poêle. Quand ça fait une heure qu’il roule mais que tu ne l’entends plus vraiment, jusqu’à ce que tu pèses sur off.
Aaaaaaaaah.
Le soulagement est instantané et pour ma part, je ressens quelque chose de physique dans le corps, quand quelque chose dont je n’ai pas conscience me tape sur les nerfs et que ca cesse.
C’est comme enlever sa brassière après une grosse journée de travail.
Le bruit, c’est souvent anxiogène. Entre la sécheuse qui me crie après quand son cycle est fini pis les bippes incessants du micro-ondes qui me juge parce que ça fait 4 fois qu’il sonne pour me dire que mes pogos ont fini de réchauffer (je l’sais, c’pas top les pogos au micro-ondes).
Ajoute à ça la tondeuse, la scie mécanique, les trucks qui reculent et, évidemment, la connexion constante à toute et les notifications, de jour comme de nuit. On vit dans un monde qui ferme jamais sa gueule et où chaque bruit attend une réponse de notre part.
Ding, bip, vrrrrbppp, en loop.
Même si on veut les ignorer, ces petits sons réussissent leur mission de déclencher des micro-stress dans le cerveau.
Et là, à l’aube de la saison de la chasse, des milliers de personnes vont se retrouver en forêt. Officiellement, on va chercher des orignaux. Mais je pense qu’on est plusieurs à vouloir fuir le bruit.
C’est le vrai luxe du siècle : être indisponible.
Autant j’ai hâte, autant je redoute déjà la fin de ce moment car chaque fois que je décroche vraiment pendant quelques jours, il m’arrive quelque chose d’étrange : je n’ai pas tant hâte de me rebrancher. Le retour est même un peu brutal. Quand je retrouve le signal, c’est une cacophonie sur le téléphone qui m’indique tout ce que j’ai ‘manqué’, Courriels, textos, notifications, nouvelles, rappels… En 30 secondes je reviens dans un monde où on dirait que tout le monde parle en même temps.
Et ca serait ca, la normalité…
On s’est habitués extrêmement vite à être joignables partout, tout le temps, par tout le monde et c’est un concept assez débile quand on y pense.
Est-ce vraiment une avancée pour l’humanité ? Je vais pas être nostalgique en disant que c’était mieux avant, parce qu’à trop vouloir remonter dans le passé, je perdrais mon droit de vote. Mais, la technologie a explosé de façon phénoménale à nous faciliter la vie, et j’ai l’impression que mon cerveau, lui, a pas eu la mise à jour pour suivre le flot.
Est-on plus heureux à avoir conscience de ce que 600 personnes font, mangent, pensent ou trouvent scandaleux dans une même journée ? Je me demande si on est fait pour ça. Ça demande de l’énergie, être branché constamment. Et je pense que passé un certain niveau de stimulation, ça a l’effet contraire.
En tout cas, je sais déjà qu’après le calme de la forêt, reprendre le chemin de la ‘vie moderne’ va me faire pousser un immense Aaaaaaaaah !
Mais pas de soulagement celui-là.