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Au moins, on en parle

Le 30 janvier 2023 - Modifié à 09 h 31 min
Par Serge Tremblay - Rédacteur en chef

La jasette de la gazette

« Selon Santé Canada, un Canadien sur cinq sera atteint d’un trouble mental pendant sa vie. »

C’est devenu un passage obligé depuis plusieurs années. Quelque part vers la fin de janvier, on se questionne sur la valeur réelle de Bell cause pour la cause, cette initiative de la riche entreprise de télécommunications canadienne visant à soutenir la santé mentale sous différentes formes.

Est-ce éthique? Est-ce pour les bonnes raisons? Est-ce une bonne excuse pour se faire de la pub sur le dos d’une cause très louable? Est-ce qu’indépendamment de ces questions éthiques, la cause avance? Alouette!

Chose certaine, j’ai peu de sympathie pour Bell et pour l’ensemble du monde des télécommunications canadiennes, qui nous offrent des services passablement plus onéreux qu’ailleurs sur la planète. Nous nous faisons avoir, et ce, solidement, mais c’est un sujet pour une autre fois.

Indépendamment de mes opinions personnelles sur lesdites entreprises, au moins on parle de santé mentale pendant une journée par année. On parle de ce mal invisible qui touche tellement de gens, qui rend leur vie difficile au quotidien et qui les force à souffrir trop souvent en cachette, par peur du jugement d’autrui.

Combien d’entre nous n’ont pas déjà eu le goût de dire : arrête de faire simple et botte-toi le derrière? Comme si c’était aussi facile que de le dire. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre…

La vie n’est malheureusement pas une affaire de justice et d’équité. Bien des gens ont vécu des expériences traumatisantes, que ce soit dans leur enfance ou même dans leur vie adulte, qui les conduisent à devoir composer avec des séquelles invisibles.

Et on tend à oublier que la société moderne, avec sa course à l’argent, la recherche du succès, le besoin artificiel de montrer que l’on a réussi, est une puissante machine à créer de l’anxiété, du stress et des angoisses.

Pas surprenant, donc, que des tas de gens se dirigent vers le burnout, vers la dépression, sans savoir quoi faire d’autre que de foncer vers le mur. Après tout, nous sommes conditionnés dès la petite école à devoir « trouver un métier qui nous passionne et dans lequel nous pourrons nous épanouir ».

Sans surprise, la vaste majorité des gens ne trouveront pas ce proverbial emploi de rêve. La plupart rentreront au travail parce qu’il faut bien gagner sa vie et s’useront lentement mais surement de jour en jour, en attendant toujours avec impatience le prochain weekend. L’illusion se brise.

Et on ne parle pas ici des cas plus lourds de santé mentale, qui ne sont pas aptes au travail régulier et qui ont besoin d’un encadrement plus serré pour parvenir à acquérir une autonomie qui les aidera à se créer une confiance.

La société aime faire semblant que ces gens n’existent pas. Si on ne les regarde pas, on ne les voit pas et c’est comme s’ils n’étaient pas là.

Non la vie n’est pas une affaire d’équité et de justice, car ces gens ne sont coupables que d’une chose : il y a un déséquilibre dans la chimie de leur cerveau. Ce n’est pas un crime et ils ne l’ont pas choisi. Un peu de sympathie ne coûte pas cher.

Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette. 

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