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« Je suis fier de ce que j’ai accompli », affirme Hugues Beaulieu

Le 19 juin 2026 — Modifié à 12 h 00 min
Par Jean-François Desbiens - Journaliste

Durant près de 9 ans, Hugues Beaulieu a été le visage et la voix de la SQ dans la région. Nous avons donc profité d’une rencontre avec lui juste avant son départ à la retraite pour en savoir davantage sur son parcours de vie.

Vous êtes natif de l’Abitibi et vous avez été le premier policier dans votre famille. Vous avez tracé un chemin puisque votre fille et votre neveu sont aussi dans la police aujourd’hui. Vous avez étudié en techniques policières au Collègue d’Alma, mais avant ça, qui ou quel évènement vous a donné le goût de devenir policier?

Juste en face de chez-nous à Amos, il y avait un homme incroyable qui était policier pour la sûreté municipale. C’était un gentilhomme qui me donnait des petits boulots comme tondre son gazon ou peinturer des appartements. Je le voyais toujours revenir du travail en uniforme, être agréable avec les gens et il donnait des conférences. Je le trouvais formidable et je pense que ça m’a inspiré. Le côté action et aventure aussi. J’ai été sauveteur sur la plage et des piscines. Je devais donner au besoin de premiers soins comme des massages cardiaques et j’en ai fait plusieurs comme patrouilleur. Ça m’a guidé vers le monde policier. Après mes études à Alma, j’ai commencé ma carrière à la sûreté municipale de Rouyn-Noranda, puis comme policier dans le nord du Québec avant de rejoindre la SQ.

Durant vos années comme porte-parole de l’organisation dans la région, quels sont les événements les plus marquants que vous avez partagés avec les médias?

En janvier 2020, 5 touristes français et leur guide québécois ont perdu la vie lorsque leurs motoneiges ont sombré dans la rivière Grande-Décharge. Ils étaient tombés dans un trou d’eau. On avait perdu 7 motoneiges au total et on en a remonté 8, donc une qui était dans le fond depuis belle lurette. Ce n’était pas un dossier facile, parce que ça avait fait le tour de la planète. Je faisais des bulletins de nouvelles en France et j’en ai même fait un en Russie. Je parlais en français et c’était traduit en russe. Les horaires de travail avaient été fous, y compris pour les intervenants sur le terrain. C’était un gros évènement et je venais d’arriver aux communications depuis à peine deux ans. J’étais aussi là lors du glissement de terrain à Rivière-Éternité qui avait fait deux victimes, à Dolbeau lorsque la petite Eva-Rose, 4 ans, avait perdu la vie et quand un père s’était fait exploser dans sa résidence de Saguenay, entraînant dans la mort ses deux enfants. J’ai également couvert une multitude de disparitions.

Que serait-on surpris d’apprendre sur vous qu’on ne sait pas déjà?

Je suis un bon vivant et un gars émotif, même si on me voyait très rarement sourire quand je portais mon uniforme. J’essayais toujours d’être pragmatique et sérieux, mais ca ne me représente pas. Je fais aussi beaucoup de sports, du vélo et de la chaloupe à rames. J’ai du plaisir dans la vie et je suis fier de ce que j’ai accompli.

Cela dit, Hugues Beaulieu quitte la SQ, mais pas le monde policier Après 28 années de service à la Sûreté du Québec, dont près de neuf comme porte-parole régional, le sergent Hugues Beaulieu a officiellement pris sa retraite le 10 juin.

Mais à 51 ans, l’ancien policier n’entend pas ralentir pour autant. Dès l’automne prochain, il transmettra son savoir et son expérience à plein temps aux étudiants en techniques policières du Collège d’Alma.

Au fil de sa carrière, Hugues Beaulieu a été patrouilleur avant de devenir agent d’information. Un parcours qui l’a amené à côtoyer quotidiennement le meilleur comme le pire.

« Dans une carrière policière, il y a des hauts et des bas. On est confrontés à des événements tragiques. On voit beaucoup de choses qui sortent de l’ordinaire. »

Pour faire face à cette réalité, les policiers doivent apprendre à se protéger psychologiquement.

« On doit se bâtir une certaine carapace ou mettre certaines choses dans un petit tiroir dans notre tête pour être capable de continuer à travailler. Heureusement, avec les années, la SQ s’est dotée d’un programme d’aide au personnel qui nous permet d’avoir accès à des spécialistes de la santé. »

Son départ était mûrement réfléchi.

Nouveau défi

« Après toutes ces années, j’avais besoin de faire autre chose. J’avais fait le tour de mon jardin, comme on dit. J’avais envie d’un nouveau défi. »

L’occasion s’est présentée lorsqu’on l’a approchée pour participer à un concours d’enseignement au Collège d’Alma.

« J’ai donné un premier cours l’hiver dernier et ça m’a permis de voir que j’aimais vraiment ça. J’enseigne déjà depuis longtemps à l’École nationale de police, mais là ce sera à temps plein. »

Hugues Beaulieu donnera des cours portant sur la conduite avec les facultés affaiblies, la conduite préventive et les stratégies policières.

Parmi tous les événements vécus au cours de sa carrière, certains demeurent gravés dans sa mémoire. Ceux impliquant des enfants figurent au premier rang.

« À Saint-Georges-de-Beauce, j’ai dû décrocher une fillette de 10 ans qui s’était enlevé la vie par pendaison. Je la vois encore aujourd’hui. »

Père de trois jeunes filles à l’époque, cela le touchait particulièrement.

« Parfois, mes enfants ne comprenaient pas pourquoi je les prenais dans mes bras en revenant du travail. Même la nuit, il m’arrivait d’aller les voir et de les serrer fort. Les dossiers impliquant des enfants, ce sont les plus difficiles. »

Comme porte-parole de la SQ, Hugues Beaulieu a toutefois appris à prendre un certain recul.

« Mon rôle était de rassurer la population et de maintenir le sentiment de sécurité publique. Je devais garder la tête froide pour être capable de transmettre la bonne information. »

Hugues Beaulieu retient également les relations de confiance qu’il dit avoir développées au fil des ans avec les journalistes et les citoyens.

« Ça s’est toujours bien passé. Il y a toujours eu un respect mutuel. »

À ses yeux, cette confiance demeure essentielle.

« La criminalité a changé et est plus désorganisée qu’auparavant. On le voit avec la guerre des gangs pour le contrôle de la vente de stupéfiants et plus que jamais, on a besoin de la population pour nous aider à la combattre. »

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