Pour Bertrand Côté, le dossier de l’alimentation en eau potable de Saint-Méthode ne relevait pas d’un débat politique, mais plutôt d’une réflexion fondée sur la logique, la planification à long terme et l’intérêt collectif. L’ancien maire de Saint-Félicien soutient avoir rapidement constaté que le projet d’aqueduc demeurait pratiquement irréalisable dans le contexte municipal de l’époque.
« Les guerres de clocher bloquaient complètement le projet. Tous les conseils municipaux qui nous avaient précédés avaient refusé d’aller de l’avant. Malgré tout, j’ai accepté de présenter la demande au conseil municipal. La réaction a toutefois été immédiate : j’ai reçu un tollé de protestations et une fin de non-recevoir. À cette époque, les échevins ne voulaient absolument rien entendre de cette proposition et les fusions municipales ne faisaient pas encore partie de la culture politique », raconte Bertrand Côté.
Face à cette impasse, une autre avenue s’est progressivement imposée. Quelques semaines plus tard, lors d’un dîner avec le maire de Saint-Méthode, Bernard Vaillancourt, Bertrand Côté lui fait part de son analyse.
« Je lui ai expliqué qu’il me semblait impossible d’obtenir l’appui du conseil municipal pour conclure une entente concernant l’aqueduc. Cependant, une fusion entre les deux municipalités permettrait de régler définitivement cette question », poursuit-il.
Selon lui, le regroupement municipal représentait alors la seule solution capable de mettre fin à un dossier qui stagnait depuis plusieurs années, tout en permettant à l’ensemble de la population de profiter d’infrastructures communes.
Une vision fondée sur la logique économique
Au-delà de la question de l’eau potable, Bertrand Côté voyait également dans ce projet de fusion un levier susceptible de renforcer la situation financière de la future ville. Issu du milieu des affaires, il évaluait les retombées de cette réorganisation sous l’angle de la rentabilité, de l’équité fiscale et du développement à long terme.
« À Saint-Méthode, plus de 500 propriétaires de chalets, majoritairement des citoyens de Saint-Félicien, versaient leurs taxes dans cette municipalité. La fusion permettait donc de rapatrier cette richesse foncière à l’intérieur d’une même administration municipale », explique-t-il.
Afin d’atténuer les impacts financiers pour les contribuables de Saint-Méthode, l’entente de fusion prévoyait une harmonisation graduelle du taux de taxation. Plutôt que d’imposer immédiatement le taux en vigueur à Saint-Félicien, qui passait de 1 $ à 1,75 $ par tranche de 100 $ d’évaluation, les élus ont retenu une période de transition de cinq ans. Le taux augmentait ainsi de 0,15 $ annuellement jusqu’à l’uniformisation complète.
Une transition politique encadrée
La création officielle de la nouvelle Ville de Saint-Félicien, le 12 juin 1996, s’est accompagnée d’un mécanisme de transition destiné à assurer la continuité de l’administration municipale jusqu’aux élections générales de novembre de la même année.
Un conseil provisoire regroupant des représentants des deux anciennes municipalités a alors pris en charge la gouvernance. Les deux maires devaient se relayer chaque mois à la présidence du conseil municipal. Le décret gouvernemental officialisant la fusion précisait toutefois que Bertrand Côté, alors maire de l’ancienne Ville de Saint-Félicien, exercerait les fonctions de maire de la nouvelle municipalité au cours du premier mois suivant l’entrée en vigueur du regroupement.