Chroniques

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Logements : une crise qui empire

Le 06 juin 2024 — Modifié à 10 h 23 min
Par Roger Lemay

J’aimerais vraiment être optimiste concernant la problématique de la pénurie de logements à Saguenay, sauf que la crise est malheureusement bien loin de se résorber.

On pourrait penser que les choses tendent à s’améliorer lorsqu’on observe la variation du taux d’inoccupation. À Saguenay, il est passé de 0,9% en 2022 à 1,3% pour 2023, et on prévoit une faible augmentation en 2024. Mais en clair, cela signifie que pour chaque tranche de 100 logements, il y en a à peine deux de disponibles…

Et avec un aussi faible taux d’inoccupation, ceux qui restent sont, en général, soit des taudis, soit des appartements neufs, très luxueux et chers, quoique ceux-ci trouvent généralement preneurs rapidement, souvent occupés par des personnes plus âgées, financièrement à l’aise et ne voulant plus entretenir une maison. Pour eux, se retrouver dans un plein pied plus petit, sans contrainte liée aux menus travaux ni à l’entretien extérieur, améliore beaucoup leur qualité de vie. Surtout que leur logement, neuf, est de haute qualité en termes d’insonorisation, de matériaux, en plus d’être au goût du jour. Ces appartements ont aussi la cote chez les jeunes couples de professionnels ayant de bons revenus.

Bref, il n’y a pas de logements disponibles dits « abordables » et la solution évidente est donc d’en construire de nouveaux. Mais alors pourquoi voit-on si peu de chantiers de construction ?

Voici, de manière générale, les forces qui s’affrontent. D’un côté, il y a les promoteurs, prêts à investir, prêts à prendre les risques, mais qui souvent font face à une lourde bureaucratie municipale. Lorsqu’ils déposent un projet, ça peut prendre jusqu’à 15 mois de délai avant d’obtenir les permis et pouvoir débuter les travaux. Vous rendez-vous compte ? Comment prévoir un budget, engager les entrepreneurs, s’assurer d’avoir les matériaux au bon moment lorsque le dossier accumule la poussière sur un bureau de fonctionnaire ?

De l’autre côté, il y a la position de la Ville. Elle n’a pas tous les torts. La municipalité doit vérifier plusieurs éléments avant d’accorder une permission de construire; respect du lotissement, des règles d’urbanisme, d’aménagement, de zonage, d’environnement. Sans le respect de ces règles, ce serait le Far West, avec risque d’abus des promoteurs. Malgré l’urgence, la pénurie de logements ne justifie pas de pouvoir tourner les coins ronds.

Et puis, en troisième lieu, il y a les citoyens eux-mêmes. Si vous faites un sondage auprès des gens, tous vous répondront qu’ils sont en faveur de nouveaux projets immobiliers. Mais du même souffle, personne ne veut de nouveaux blocs à logements dans son quartier, invoquant les impacts néfastes comme la sécurité (en raison de l’ajout de trafic) et le bruit (diminuant la tranquillité). Ils invoqueront aussi la baisse de la valeur de leur maison. Ce phénomène « pas dans ma cour » a toujours existé.

La ministre responsable de l’Habitation, France-Élaine Duranceau vient d’adopter des mesures (temporaires) permettant aux villes comme Saguenay de déroger à la règlementation d’urbanisme, dans le but d’accélérer les mises en chantier. L’utilisation de cette mesure permet aussi aux villes de contourner le processus référendaire initié par des citoyens qui souhaiteraient s’opposer à un projet. Beau cocktail explosif à prévoir.

Vous me direz que c’est aux gouvernements d’agir. Ils le font, mais avec des programmes, comme le Fonds d’Habitation Abordable du Québec (FHAQ), qui encouragent davantage les initiatives destinées à des clientèles défavorisées.

Ce n’est pas ça qui manque le plus à Saguenay, ce sont des logements disons, entre 700 et 900 dollars, pour la classe moyenne. Or il y a loin de la coupe aux lèvres.

Je vous l’ai dit, j’aurais vraiment aimé être optimiste.

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