Chroniques

Temps de lecture : 1 min 44 s

Une boite de plywood dans un sac réutilisable

Le 24 octobre 2024 — Modifié à 07 h 00 min
Par Alexandra Gilbert-Boutros

Mon père est décédé récemment. N’ayant fait aucun préarrangement ni amassé d’économies, nous avons opté pour des funérailles plus que modestes. Sans cérémonie, dans une salle sans musique, à Montréal. La façade du salon étant en construction, nous devions entrer par la ruelle, sonner pour se faire ouvrir, face à une pancarte qui nous rappelait que des services à prix abordables y étaient offerts. Dans la pièce, une photo collée sur un carton, à côté de ses cendres, dans une petite boîte de plywood. Modeste façon de souligner la fin de 87 années de vie.

Après le salon, nous nous sommes rassemblés, mon frère et moi. On se souhaitait mutuellement d’avoir droit à un autre type de fin de vie. Avec des gens qui nous aiment, de la musique, de la lumière, et que nos cendres ne se retrouvent pas dans une petite boite de plywood, dans un sac réutilisable. S’ensuivit une discussion sur la réussite. Longue mise en contexte, certes, c’est le sujet de ma chronique.

À quel moment peut-on statuer, s’il en est un, qu’on a réussi ou échoué sa vie? Le jour de sa mort? Mon frère disait, si je meurs aujourd’hui, j’aurai réussi, j’ai une famille aimante, j’ai mon entreprise, ça va bien.
Moi de répondre que j’ai l’impression que j’ai pas fini ma carrière, d’élever mes enfants, d’apprendre. J’peux pas dire que j’ai réussi, il me reste encore tant à faire.
Ma belle-sœur de répliquer, oui mais l’argent, la carrière, moi j’ai pas cette ambition-là, peut-être que je suis plus poche que vous finalement.
Mon frère de se révolter et de lui rappeler toutes les épreuves traversées, le chemin parcouru, sa bienveillance et son cœur immense.

Une personne de belle apparence, indépendante de fortune, aux funérailles flamboyantes, mais seule, a-t-elle réussi?
Une personne modeste décédée entourée de ses proches, le cœur plein mais les poches vides, elle?
 Le sentiment d’accomplissement personnel a-t-il la même valeur que la réussite, et qui en est le juge?
Si je trouve une personne admirable, que je l’admire, mais qu’elle se trouve médiocre, aurait-elle réussi?
Une personne ayant fait de son mieux toute sa vie, mais ayant subi malchance après malchance, arrive à un bilan final moyen, mais l’effort lui? On n’offre de médailles qu’aux gagnants, ouais.

Étourdie, je me dis : avance, fais de ton mieux tout le temps, on verra ben!

Papa lui, il ne le sait probablement même pas qu’il est dans une boîte de plywood, ça se peut tu que... on s’en crisse, de la réussite?

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