Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont pris fin sans entente au cours de la fin de semaine, ouvrant la voie à une nouvelle vague de tarifs douaniers américains de 50 % sur des produits canadiens représentant près de 28 milliards de dollars.
En réponse, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a annoncé la suspension des discussions commerciales avec Washington ainsi que l'imposition de contre-tarifs équivalents, dollar pour dollar. Ces mesures doivent entrer en vigueur le mardi suivant la fête du Travail. Ottawa a également ordonné le retour des négociateurs canadiens dans la capitale fédérale.
« Ils ont travaillé d'arrache-pied, en toute bonne foi, pour défendre les intérêts des Canadiennes et des Canadiens tout au long de ces négociations, et ce, jusqu'à la dernière minute. Cependant, les modifications de dernière minute apportées aux conditions proposées par les États-Unis étaient inéquitables, non rentables et remettaient en cause la fiabilité de tout accord. », explique le premier ministre.
Le premier ministre s'est aussi entretenu virtuellement avec ses homologues provinciaux et territoriaux afin d'évaluer des mesures additionnelles pour soutenir les travailleurs et les entreprises touchés par les nouveaux droits de douane américains.
Québec déploie des mesures d’urgence
Face à l'échec des pourparlers, la première ministre du Québec, Christine Fréchette, et le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Bernard Drainville, ont annoncé le déploiement de deux programmes visant à soutenir les entreprises québécoises directement affectées par l'intensification de la guerre tarifaire.
Le premier programme, le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques (FORCE), sera administré par Investissement Québec. Il s'adresse aux entreprises manufacturières et à celles des secteurs primaires dont les revenus sont fortement touchés par des tarifs américains de 25 % ou plus.
Il vise à fournir des liquidités pendant une période pouvant atteindre douze mois afin de permettre aux entreprises viables d'adapter leur modèle d'affaires, de diversifier leurs marchés ou de revoir leurs chaînes d'approvisionnement. Cette initiative prend la relève du programme FRONTIERE, qui a pris fin le 31 mars 2026. L'aide se traduira par des prêts assortis d'un moratoire sur le remboursement du capital pouvant atteindre 24 mois ainsi que d'un congé d'intérêts durant la première année.
Le gouvernement québécois a également annoncé un programme d'urgence destiné aux petites et moyennes entreprises (PME) réalisant un chiffre d'affaires annuel de 1 à 2 millions de dollars.
Géré par les MRC, ce programme vise à soutenir les PME exportatrices vers les États-Unis, de même que leurs fournisseurs et sous-traitants, qui pourront obtenir des prêts allant jusqu'à 150 000 dollars. Ces financements seront offerts à un taux d'intérêt de 0 % et bénéficieront d'un moratoire sur le remboursement du capital durant les douze premiers mois suivant le versement des fonds.
« Le pire scénario pour les entreprises québécoises se concrétise »
De son côté, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a vivement réagi à la rupture des négociations.
« C'est le pire scénario pour les entreprises québécoises qui se concrétise aujourd'hui : l'arrêt des négociations, l'imposition de nouveaux tarifs et la menace de nouveaux contre-tarifs canadiens. », a déclaré Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la FCCQ.
Selon un sondage réalisé par l'organisation, 68 % des entreprises interrogées étaient favorables à une entente, même si celle-ci exigeait certaines concessions du Canada. De plus, plus de la moitié des répondants se sont dits déjà touchés par au moins un tarif américain. La FCCQ estime également que les répercussions sur l'emploi pourraient s'accentuer rapidement, le nombre moyen de postes supprimés dans les entreprises affectées pouvant passer de 10 à 38 au cours des six prochains mois.
« Les résultats de notre sondage sont sans équivoque : la grande majorité des entreprises souhaitent une entente rapide parce que les tarifs américains existants fragilisent déjà leur compétitivité. Face aux nouveaux tarifs, les réponses des entreprises visées sont aussi claires : elles ont besoin d'une aide financière non remboursable, pas d'un endettement supplémentaire, et ne veulent pas de contre-tarifs. », a ajouté Véronique Proulx.
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) partage également cette inquiétude. Sa présidente et cheffe de la direction, Michelle LLambías Meunier, estime que la suspension des négociations prive les entreprises de la prévisibilité dont elles ont besoin dans leurs échanges commerciaux avec les États-Unis.
« C'est un dur revers pour les entreprises québécoises qui espéraient enfin retrouver un minimum de prévisibilité dans leurs échanges avec notre principal partenaire commercial. Cette suspension fragilise d'autant plus notre économie, avec des effets qui se font sentir au-delà des secteurs visés. », a-t-elle déclaré, tout en s'inquiétant des conséquences potentielles pour l'avenir de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
40 % des PME exportatrices directement touchées
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) estime pour sa part que 40 % des petites entreprises exportatrices canadiennes seront directement touchées par les nouveaux tarifs de 50 %, et que près du tiers d'entre elles anticipent une chute de revenus de 50 % ou davantage.
« Bien que l'imposition de contre-tarifs constitue une réponse politique compréhensible de la part du gouvernement canadien, cette mesure risque également d'alourdir le fardeau des PME canadiennes. Alors que seulement 20 % des petites entreprises exportent leurs produits, plus de 50 % importent des biens ou des intrants en provenance des États-Unis. », a déclaré François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI.
Celui-ci ajoute que même si les coûts supplémentaires finissent souvent par être refilés aux consommateurs, ce sont d'abord les PME qui en absorbent les contrecoups. Selon lui, les précédentes séries de contre-tarifs ont déjà entraîné des répercussions négatives importantes pour de nombreuses entreprises.
L'organisation s'inquiète également du fait que l'aide gouvernementale repose principalement sur l'endettement des entreprises et que certaines d’entre elles ne soient pas admissibles aux nouveaux programmes en raison des critères d'accès et des seuils de revenus établis.
« Lorsqu'une entreprise perd brutalement des revenus, une dette supplémentaire ne remplace pas des ventes perdues. Plusieurs PME ont besoin de liquidités immédiates, d'allégements fiscaux et d'une réduction de la paperasserie afin de traverser cette période d'instabilité. », a ajouté François Vincent.
Les camionneurs veulent aussi des mesures de soutien
L'Association du camionnage du Québec demande également aux gouvernements de reconnaître le transport routier comme un secteur directement affecté par la guerre tarifaire et de l'inclure dans les futures mesures d'aide.
Selon l'organisation, le camionnage constitue un maillon essentiel des chaînes d'approvisionnement et de la compétitivité de l'économie québécoise. Son président-directeur général, Marc Cadieux, soutient que des mesures ciblées sont nécessaires pour permettre aux transporteurs de maintenir leurs activités.
« L'Association du camionnage du Québec réclame la mise en place rapide de mesures de soutien ciblées pour le secteur du camionnage, afin de permettre aux entreprises de maintenir leurs activités, de préserver leur capacité opérationnelle et d'éviter des mises à pied. », a conclu le PDG Marc Cadieux.