Travailler pour Netflix de Saint-Félicien c’est possible

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Par Louis Potvin
Travailler pour Netflix de Saint-Félicien c’est possible

Il est possible de travailler sur une production de Netflix de son bureau-garage à Saint-Félicien. Patrice Blais vient de décrocher un contrat comme superviseur de production pour la 5e saison de F is for Family.

« Ça démontre clairement qu’il est possible de bien gagner sa vie dans un métier de pointe en région alors qu’il fallait auparavant être à Montréal pour le faire. Le télétravail jumelé à la pandémie ouvre des horizons très intéressants », explique le créateur de 44 ans.

Ce contrat est la suite logique de d’autres réalisés au cours de la dernière année, dont celui pour la série de Steven Spielberg Animaniacs, pour le studio Yowza et le dessin animé d’Amos Daragon pour Radio-Canada.

Le contrat pour Netflix, par l’entremise du studio Montréalais Oasis, ouvre des portes intéressantes pour Patrice Blais.

« Il va y avoir d’autres saisons et ça me fait connaître auprès de Netflix, qui doit investir au Québec. Les Québécois sont renommés pour leur créativité et surtout je suis en mesure de démontrer que je n’ai pas besoin d’être physiquement dans un studio à Montréal pour faire le travail. »

Animé les personnages

Son rôle comme superviseur est de réaliser l’animation de personnages dessinés par des artistes.

Patrice Blais estime que les municipalités doivent profiter de l’engouement pour le télétravail pour attirer de jeunes travailleurs à venir en région.(Photo Trium Médias – Louis Potvin)

« Ce qu’on appelle des « riggers » dans le métier, me fournissent les dessins et moi avec les différents logiciels que je maitrise, je donne vie aux personnages en faisant bouger tous les membres et le visage. Je remets tout ça au directeur de production qui s’occupe avec la production de réaliser chaque épisode. »

Ces collaborateurs sont éparpillés sur la planète, ce qui démontre la délocalisation du travail.

Au chevet de sa mère

C’est pour venir prendre soin de sa mère malade que Patrice Blais a fait un retour à Roberval, il y a 4 ans. Vivant à Montréal depuis 20 ans, il ne pensait pas revenir s’installer au Lac-Saint-Jean et de surcroit vivre de son art.

« Comme je suis enfant unique, je tenais à venir m’occuper de mes parents. C’était plus fort que tout, mais ç’a été un gros « step ». Finalement, la vie tranquille m’a reconquis et j’ai surtout réussi à travailler dans mon domaine en ayant un bon salaire. Je paye le même prix pour avoir une maison sur le bord de l’eau que mon petit studio à Montréal. »

Après avoir rencontré l’amour, il s’installe à Saint-Félicien et y aménage son studio de production dans un garage. Il a tout le matériel nécessaire pour répondre à des commandes.

Comme il est patenteux, il monte ses propres ordinateurs. Il dispose d’un studio de son pour s’amuser, mais également pour enregistrer de façon professionnelle.

C’est à partir de janvier que Patrice Blais va commencer à mettre en mouvement les personnages de F is for Family. (Photo Trium Médias – Louis Potvin)

Délocaliser les emplois spécialisés en région

Patrice Blais souhaite que son cas ne soit pas isolé et que les municipalités du Lac-Saint-Jean saisissent l’opportunité qu’offre le télétravail d’attirer des travailleurs à s’installer ici. Surtout, il faut éviter que les jeunes doivent s’expatrier pour étudier pour des métiers de pointes comme le dessin animé.

« Moi, je me suis installé chez moi, mais il pourrait y avoir des espaces à bureau adaptés pour accueillir les travailleurs. Surtout, il faut développer des programmes de formation adaptés qui peuvent se donner ici pour que les jeunes demeurent ici », espère-t-il.

Patrice Blais veut d’ailleurs partager son expertise et contribuer à ce que son idée se concrétise. Il espère trouver les bonnes personnes pour faire avancer sa proposition.

D’ailleurs, le projet initié par Roberval d’essayer d’attirer des créateurs de jeux vidéo à s’installer dans la municipalité va directement dans cette ligne.

Aujourd’hui, l’artiste pense qu’il est plus simple de délocaliser ce type d’emplois qui auparavant ne se retrouvait que dans des studios des métropoles.

Modifier les programmes

Le créateur estime que le gouvernement fait fausse route en finançant les emplois qui se retrouvent dans les studios.

« Il devrait continuer à subventionner les emplois ou des projets spécifiques en favorisant une répartition partout en province afin de décentraliser. Ça coûte une fortune avoir des bureaux au centre-ville de Montréal, ce serait plus avantageux et ça permettrait d’assurer le développement des régions. »

Artiste renommée

Patrice a toute une feuille de route. Il a remporté un Emmy Award en 2012 pour un mandat chez Toonboom Animation pour le développement d’un logiciel. Il a travaillé aussi sur la série PerusseCité et a œuvré comme assistant-animateur sur les Triplettes de Belleville.

Patrice réalise aussi des contrats en région, notamment pour la firme CVR Solution, et a conçu des logos, dont celui des Aigles de Roberval.

C’est à 20 ans qu’il est parti à Montréal pour suivre une formation en dessin animé. À l’époque, il faisait les dessins à la main selon la vieille méthode. Comme il était jeune, il a appris rapidement comment utiliser les logiciels d’animation pour rapidement se tailler une place enviable dans cette industrie.

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