Chroniques

Temps de lecture : 1 min 47 s

SEVRAGE

Le 24 août 2023 — Modifié à 11 h 21 min
Par Mélissa Tremblay - Coordonnatrice numérique

Jasette de la gazette

Une mauvaise habitude peut progressivement devenir une dépendance sans qu’on s’en rende compte. En fait, au fond de nous, on le sait, mais on est un peu orgueilleux et c’est jamais plaisant d’exposer nos faiblesses.

Y’a le déni aussi! Ah, le déni! Confortable comme une belle couverture lestée. Douce. Chauffante. Protectrice. Aussi bien rester enroulé dedans plutôt que d’affronter la réalité, parfois froide.

Délaisser une mauvaise habitude, c’est tough. Une dépendance, c’est un autre niveau de défi . Je considère que mon utilisation des réseaux sociaux se situe entre la mauvaise habitude et la dépendance.

Le cerveau apathique, en quête de stimuli, je scrolle jusqu’au noyau de la terre. Pendant que dehors il fait beau. Pendant que la vie passe autour de moi.

Quand je serai vieille, ça va me faire toute que des anecdotes à raconter à mes petits-enfants. J’ai bien hâte de leur relater toute cette vie en ligne. D’imaginer leurs beaux grands yeux attentifs m’entendre dire : « pis avec cette photo-là, grand-maman a réussi à obtenir 112 likes!»

Sevrage, dis-je. Ben c’est ça, je suis en sevrage de Facebook. Pas parce que j’ai eu l’intelligence de le faire au bon moment. C-18 a été le coup de pied dont j’avais besoin pour me sortir de mon déni. Comme un électrochoc qui m’a ramenée à la réalité.

Ce n’est plus possible de me disculper en disant: «mais je consomme de l’actualité au passage» puisque le robinet est fermé.

Que reste-t-il d’intéressant si les nouvelles ne s’y trouvent plus? Rien qui ne pourra meubler plus que 10 minutes d’utilisation quotidienne. Pis encore.

Ceci dit, ma main cherche instinctivement mon téléphone pour combler les temps morts. Et par réflexe, mon pouce ouvre l’application.

C’est non. Je reprends le contrôle. J’ai enlevé l’icone FB de ma page d’accueil.

Mon doigt clique machinalement dans le vide à présent. Ça crée un moment de flottement inconfortable. Où je ressens de plein fouet la honte de m’être laissée aller à ce que ce truc débilitant prenne autant de place dans ma vie.

Maintenant que je dois fournir un effort conscient pour consulter la plateforme, le simple fait d’y réfléchir 5 secondes de plus m’en fait passer l’envie.

Et comme un Mark Renton dans Trainspotting qui s’est stocké de soupes aux tomates pour lâcher l’héroïne, j’ai fait le plein de livres à ma librairie locale pour meubler la tranquillité.

Ça, je pourrai le raconter avec fierté à mes petits-enfants. Et je profiterai de ce blackout pour vivre mieux.

Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette.

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