Les premiers résultats du plus récent dénombrement des personnes en situation d’itinérance visible, rendus publics hier, confirment une aggravation notable du phénomène au Québec. Depuis 2022, l’itinérance a augmenté en moyenne de 20 %.
Certaines régions affichent des augmentations particulièrement marquées. C’est le cas du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean, où le nombre de personnes en situation d’itinérance a bondi de 50,5 % entre 2022 et 2025, soit une augmentation de 101 personnes en seulement trois ans. En 2025, la région comptait une estimation de 318 personnes en situation d’itinérance, ce qui représente 110,7 personnes par 100 000 habitants.
La proportion de l’itinérance extérieure y a également connu une croissance importante, passant de 2 % en 2018 à 11 % en 2025, un changement significatif dans le visage de l’itinérance régionale.
À l’échelle nationale
Selon les données préliminaires, on estime à 12 077 le nombre de personnes en situation d’itinérance visible dans les 15 régions ayant participé à l’exercice de dénombrement en 2025. Il s’agit de 1 873 personnes de plus qu’en 2022.
De plus, près de 80 % des personnes dénombrées ont passé la nuit dans une ressource temporaire, tandis que 16 % se trouvaient dans un lieu extérieur, en campement ou non.
L’itinérance extérieure poursuit d’ailleurs sa progression. Entre 2018 et 2022, elle augmentait en moyenne de 10 % par année. Entre 2022 et 2025, cette hausse annuelle moyenne atteint désormais 14 %.
Il s’agit du troisième exercice national de dénombrement de l’itinérance visible au Québec. Le premier avait été réalisé le 24 avril 2018 auprès de 11 régions, et le deuxième le 11 octobre 2022, dans 13 régions.
« Une crise sans précédent »
Pour l’Union des municipalités du Québec (UMQ), ces résultats ne laissent planer aucun doute sur la gravité de la situation. L’organisation parle d’une crise sans précédent que les municipalités vivent et dénoncent depuis plusieurs années sur l’ensemble du territoire.
« Alors que le gouvernement du Québec affirme n’avoir jamais autant investi, nous sommes face à un constat d’échec, car la situation continue de se dégrader », a déclaré Guillaume Tremblay, président de l’UMQ et maire de Mascouche. « Derrière ces chiffres alarmants, il y a des femmes et des hommes, des vies brisées et des réalités de plus en plus complexes. Ce que nous vivons dépasse le cadre d’une crise ordinaire : c’est une crise sociale et humanitaire. On ne peut plus se contenter de demi-mesures. Il faut en faire plus, il faut faire vite et il faut faire mieux », a-t-il ajouté.
L’UMQ souligne que les municipalités ont atteint un « point de rupture » et ne disposent pas des leviers nécessaires pour agir sur les causes structurelles de l’itinérance, notamment les inégalités socioéconomiques et le manque d’accès aux ressources en santé et services sociaux, mais doivent principalement en gérer les conséquences.
Dans ce contexte, l’UMQ estime que la réponse à l’itinérance doit désormais s’appuyer sur une vision nationale mobilisant l’ensemble des partenaires gouvernementaux, municipaux et communautaires. À ses yeux, seule une action coordonnée permettra de freiner une tendance qui, malgré les investissements et les mesures annoncées par le gouvernement, continue de s’aggraver à un rythme préoccupant.