Non, la consécration d’Angine de Poitrine ne vient pas de leur passage à Tout le monde en parle. Ni de leur clip sur KEXP, qui a fait le tour de la planète. Elle vient plutôt du youtubeur musical le plus suivi au monde, Rick Beato, un producteur et musicologue basé à Atlanta dont je ne rate aucune publication, et qui a littéralement encensé le duo de Saguenay.
Selon ses dires, il n’a jamais eu autant de courriels et de demandes reliés à un band, lui qui interview les plus grands : David Gilmour, Steve Lukather, Sting, Ron Thal.
Rick revient sur l’originalité du groupe, et sur sa brillante utilisation de la microtonalité. En clair, le guitariste d’Angine de Poitrine utilise un instrument fabriqué spécialement par un luthier d’Alma, combinant aussi une basse, et dont les frettes supplémentaires lui permettent de jouer des notes et des quarts de ton. Bref, la palette sonore est multipliée par quatre, ce qui demande adresse et force, puisque le poids de la « guit » est pratiquement le double de la normale. Et que dire du jeu de pédales et des loops.
Qu’on aime ou non, Angine de Poitrine suscite une curiosité mondiale, et Beato va jusqu’à se demander si on n’est pas en train d’être témoin de la musique du futur, une ère de nouvelle « prog ».
Alors ce qu’on constate, c’est que pour des milliers d’experts, la magie opère. Des centaines d’influenceurs autant que des quidams célèbrent l’audace et la nouveauté offertes par Angine de Poitrine. Soyons francs, ce n’est pas le genre de mélodies que vont fredonner mononcle Roland et matante Thérèse en faisant la vaisselle. Personnellement, devant leurs textures sonores un peu tordues, j’ai comme l’impression persistante d’être en train d’écouter quelque chose que je ne comprends pas encore, mais que je sens important. C’est peut-être comme ça que se sentait aussi un homme de 60 ans dans les années ’70 qui découvrait pour la première fois Pink Floyd, Genesis, ELP, Supertramp, Yes ou Harmonium. Pour moi, qui était à l’époque pré-ado, c’était du pur génie, pour mes oncles, c’était marginal, même weird.
Quoiqu’on dise, Angine de Poitrine crée le buzz du moment, C’est un phénomène. Et l’anonymat du duo, leurs costumes, rajoutent au mystère. Quant aux détracteurs, il y en aura toujours. Il fut un temps où Frank Zappa faisait fuir les radios, où King Crimson semblait réservé à une poignée d’initiés, où même certaines harmonies des The Beatles paraissaient étranges.
On pourrait facilement lever les yeux au ciel, parler de prétention, d’élitisme, de « musique de musiciens ». L’histoire est pleine de ces raccourcis confortables. Mais elle est aussi pleine d’exemples où ce qui semblait hermétique hier devient évident le lendemain.