Mardi, 20 février 2024

Chroniques

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Salut Rock!

Louis Potvin
Le 24 mai 2023 — Modifié à 14 h 54 min le 24 mai 2023
Par Louis Potvin - Rédacteur en chef

Salut Rock!

Jasette de la gazette

Il y a des personnes qui marquent notre existence par des gestes simples, comme d’aiguiser des patins, nous servir un déjeuner au restaurant ou bien réparer notre laveuse.

Comme bien des hockeyeurs amateurs ou parents de jeunes joueurs, je suis en deuil depuis le décès de Rock Marchand. Tout le monde à Saint-Félicien et bien des personnes de la région connaissaient Rock.

Pendant 50 ans, il a aiguisé des patins à des générations de hockeyeurs. Ça partait de Dolbeau, Roberval et d’aussi loin que Chibougamau et Obedjiwan pour avoir des patins affutés par Rock. Pas question pour Hubert et Victor de changer d’endroit pour faire aiguiser les patins. Selon mes fils, il avait un don. Toujours disponible, 7 jours sur 7, Rock aiguisait les patins même si au cours des dernières années son état de santé lui rendait la tâche plus ardue. C’est une absence prolongée à l’hôpital qui l’aura contraint à cesser sa job favorite.

Souvent, on pouvait laisser les patins en son absence avec l’argent dans la bottine, mais dès qu’il entendait la porte du solarium s’ouvrir, il se levait de sa chaise et laissait les nouvelles défiler sur l’écran de la télévision. On ne semblait pas le déranger. Il aimait la compagnie des gens. Il questionnait mes gars sur leur saison. Branché sur l’actualité, il me parlait toujours des projets à Saint-Félicien et donnait son opinion. Surtout, il s’assurait de demander à mes gars s’ils étaient satisfaits de leurs patins. Est-ce qu’ils voudraient changer des choses ? Améliorer le mordant, l’attaque, la glisse?

Je l’ai talonné pour faire un texte sur sa carrière et sa passion pour l’aiguisage de patins. Il a toujours refusé poliment. Ne voulant pas avoir les projecteurs sur lui.

Il a commencé son métier à la cordonnerie Bouchard avec une petite meule, puis il a acheté une machine et puis une autre encore plus performante pour parfaire son art. Des patineuses artistiques de partout en région venaient à Saint-Félicien pour que les patins soient parfaits.

Zoo Sauvage

II a aussi marqué la vie du Zoo sauvage de Saint-Félicien. Il a été responsable de la billetterie de 1975 à 2011. Il avait le service à la clientèle tatoué sur le cœur. Il faisait le tour du terrain en voiturette de golf pour s’assurer que les gens se sentent bien. Et s’assurait auprès des employés que le site soit toujours propre. « C’était son zoo! », a illustré la directrice générale, Lauraine Gagnon.

4 générations

Pour vous démontrer qu’il en a aiguisé des patins dans sa carrière, il m’a dit qu’il l’a fait pour quatre générations de hockeyeurs. Il s’agit de notre collègue Jean Tremblay. Rock a aiguisé ses patins, ceux de son père Marc-Aurèle, un grand joueur de hockey, ceux de ses enfants Charles et Samuel ainsi que ceux de son petit-fils Charles-Antoine Blais.

L’humilité du cordonnier, de l’artisan. Ses gestes précis et routinier faisaient partie de sa vie. Et je crois que de constater la satisfaction d’un jeune d’avoir des patins qui allaient vite et qui lui permettaient de marquer des buts le rendait heureux.

Car au fond, il a fait partie des succès de centaines de jeunes. Un peu comme André Guillemette de la Pro shop de Saint-Félicien, qu’on a baptisé le 6e joueur de l’équipe.

André, comme Rock, fait encore aujourd’hui un travail routinier, mais qui demande de la précision. Ce sont des artisans qui se font de plus en plus rares. Rien de plus triste que de mettre maintenant un patin dans une machine qui aiguise automatiquement.

C’est l’art du geste qui se perd.

Même chose au restaurant. Se faire servir par un robot!? C’est le contact humain avec la serveuse qui s’informe qui fait la différence. C’est la beauté des gens ordinaires qui exercent un noble métier comme les réparateurs de lave-vaisselle, les plombiers, les garagistes.

Ces gens ordinaires que l’on côtoie avec qui on tisse des liens. Ils représentent l’Importance de notre humanité. Des rencontres qui marquent à jamais. Comme Rock pour mes fils.

Salut Rock!

« Autour de moi il y a la guerre la peur, la faim et la misère. J’voudrais qu’on soit tous des frères. C’est pour ça qu’on est sur la terre. J’suis pas un chanteur populaire. Je suis rien qu’un gars ben ordinaire. »

- Robert Charlebois


Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette.

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