Chroniques

Temps de lecture : 1 min 44 s

Sur le complotisme

Le 27 mars 2024 — Modifié à 09 h 33 min
Par Stéphanie Gagnon

Je suis toujours surprise de recevoir des courriels de gens qui me prêtent des intentions. Récemment, où j’ai écrit craindre la montée en popularité d’un type comme Pierre Poilièvre dans un écosystème médiatique où les producteurs canadiens sont muselés sur le réseau social le plus utilisé au pays, j’ai reçu des messages de gens me taxant :

- d’être un lèche-bottes de Justin Trudeau ;

- d’être woke ;

- d’être à la solde du gouvernement;

Et dans un courriel sur deux, on en profite pour souligner le fait que je suis une femme, dans un vocabulaire peu édifiant.

Ce qui me frappe, c’est à quel point la désinformation gagne du terrain, et qu’un certain pourcentage de citoyens développe une méfiance grandissante envers les institutions, quelles qu’elles soient.

Le gouvernement. Les médias. Les scientifiques. Balayés du revers de la main, puisqu’ils sont à la solde d’un mouvement clandestin complexe qui a pour but de… De quoi ?

Plusieurs événements majeurs du dernier siècle seraient le fruit d’une action concertée de différentes instances. Ainsi, l’homme n’aurait jamais marché sur la lune, Elvis serait toujours vivant. Les attentats du 11 septembre auraient été commandés par les Américains eux-mêmes. Les vaccins c’est mal, Kate Middelton feel pas pantoute, et tout ceci se produit sur notre belle Terre plate où les changements climatiques n’existent pas.

Et moi, depuis mon bureau à Dolbeau-Mistassini, je manipule l’information selon l’agenda de JustinTrudeau, pour l’aider à nous vendre aux Chinois.

C’est normal de douter, de ne pas tout gober, mais on bascule de manière inquiétante vers une consommation de discours alternatifs, qui ont le potentiel d’être très extrêmement dangereux.

Pour m’aider à douter sainement, j’aime beaucoup référer au Baloney detection kit du regretté Carl Sagan, astronome américain et vulgarisateur remarquable.

Traduit en français par Kit de détection de poutine*, en voici un extrait :

Essayez de ne pas vous attacher excessivement à une hypothèse simplement parce que c’est la vôtre. Demandez-vous pourquoi cette idée vous plait. Comparez-la équitablement avec les autres hypothèses. Cherchez des raisons de la rejeter. Si vous ne le faites pas, d’autres le feront.

S’il y a une chaîne d’argumentation, chacun des maillons doit fonctionner, y compris les prémisses, et pas seulement la plupart de ces maillons.

Cette chronique ne convaincra évidemment pas les adeptes de théories du complot. Et probablement qu’à leurs yeux, écrire sur le sujet est la preuve même de mes liens étroits avec le premier ministre canadien.

En tant que reptilienne, vous devinez que ça m’importe peu.

*Tiré du « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon, qui devrait être une lecture obligatoire.

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