Ils ne font pas les manchettes. Ils n’occupent pas les tribunes publiques, les lignes ouvertes, de peur de représailles. Pourtant, partout, les refuges animaliers tiennent à bout de bras une mission essentielle, celle de sauver les animaux abandonnés, sans grands moyens. Ils les recueillent, les soignent et les réconfortent puisque plusieurs ont été négligés ou battus. Bref ils les réhabilitent, les socialisent et par-dessus tout leur offre un peu d’amour, le temps d’une caresse, pour leur redonner confiance à l’humain. Bien entendu, les responsables de ces refuges espèrent que le séjour de leurs pensionnaires ne sera que de courte durée. Or ces refuges sont soutenus majoritairement par des bénévoles qui se relayent jour et nuit afin de nettoyer les cages, ramasser les « besoins », faire marcher les chiens et les nourrir. C’est un travail physique, répétitif, peu glorieux, mais ils le font par amour des animaux. Le moins qu’on leur doivent, c’est de les laisser poursuivre leur précieux travail sans trop les embêter.
C’est là d’où vient le problème.
La semaine dernière, une représentante du refuge La Passion du Rubie d’Alma, Rubie Bergeron, a lancé sur les réseaux un cri du cœur. La raison ? Des amendes imposées à l’organisme par le MAPAC, le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, pour des manquements somme toute minimes. Des dalles de béton trop « poreuses » et des cages ajoutées non conformes. Les dalles en question avaient déjà été traitées à l’époxy mais le temps les avait détériorées, quant aux cages, il a fallu en ajouter d’urgence, mais temporairement, suite à l’arrivée de nouveaux chiens abandonnés. On ne parle pas d’amendes légères. Pas des centaines de dollars, des milliers. Devant la situation, Mme Bergeron se « ramasse » devant les tribunaux, comme si elle et les responsables de ces endroits n’avaient que ça à faire, et comme s’ils avaient les moyens de se défendre. Il n’en est rien. Contrairement à une succursale de la SPCA, qui obtient une partie de ses revenus d’une municipalité, les refuges ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Les finances sont précaires et les équipes reposent largement sur la contribution des bénévoles engagés, qui doivent en plus composer avec la charge émotionnelle. Par définition, ces personnes sont amoureuses des bêtes alors comment rester insensible lorsqu’un animal arrive, souvent, dans un état lamentable ?
Bien entendu, il faut des règles, et des gens pour les faire respecter. Mais les inspecteurs du MAPAC semblent jouir d’un libre arbitre dont certains abusent. Bref cela dépend des individus. Dans sa publication, Mme Bergeron soutient que les inspecteurs n’appliquent pas le règlement de la même façon, certains font preuve de compréhension, et passent l’éponge sur les petits accrocs sans conséquence, y allant d’un avertissement, alors que d’autres n’ont aucune sympathie et sévissent. Comme quoi le MAPAC a la morale élastique.
Sans mauvais jeux de mots, les inspecteurs auraient d’autres chats à fouetter. Les usines à chiots pleuvent à travers le Québec et il me semble que c’est à ces endroits que le MAPAC devrait envoyer ses inspecteurs et foutre un peu la paix à celle et ceux redoublant d’effort pour tenir à bout de bras des refuges dont la cause est aussi noble que non-reconnue. Mme Bergeron a le courage de dire tout haut ce que ses collègues n’osent exprimer. Et il est temps de reconnaître une évidence : les refuges animaliers rendent un service public, contribuent à la santé, à la sécurité des animaux et compensent, en grande partie, l’absence de ressources gouvernementales suffisantes dans ce domaine. Ils doivent être soutenus financièrement en conséquence.