Quand j’écoute les bulletins d’information à la télévision, je suis découragé. J’en arrive
même à la conclusion que nous sommes déjà devenus le 51e État américain. C’est
incroyable tout le temps d’antenne consacré au clown orange.
La place démesurée accordée à Donald Trump dans nos bulletins de nouvelles éclipse
de plus en plus l’actualité québécoise, particulièrement celle des régions. À force de
privilégier le bruit venu de Washington, nos médias délaissent ce qui touche
directement les citoyens d’ici. Un choix éditorial qui appauvrit l’information et alimente
un climat social inutilement anxiogène.
C’est vrai qu’il en mène large. Le Venezuela, Cuba, L’Iran, l’Ukraine, la bande de Gaza
et pendant ce temps son pays continue de se déchirer. Il déteste les médias mais il
multiplie les points de presse improvisés — que ce soit dans le Bureau ovale, dans un
corridor de la Maison-Blanche ou juste avant de monter à bord de son hélicoptère pour
aller jouer au golf en Floride. Donald Trump est devenu une obsession pour notre
télévision, autant à Radio-Canada qu’à LCN ou à TVA.
Pendant ce temps, les grands réseaux réduisent le temps d’antenne consacré à ce qui
nous concerne vraiment : ce qui se passe ici. Avez-vous remarqué qu’il n’existe
pratiquement plus de bulletin d’information réellement provincial, capable de raconter
les choses importantes de partout au Québec ? Les grands rendez-vous de
l’information nous parlent surtout de Donald Trump, de Montréal et, à l’occasion, de la
ville de Québec. Pourtant, le Québec, c’est aussi les régions : la Mauricie, l’Estrie,
l’Outaouais, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais pas un mot, sauf en cas de tragédie
majeure.
Oui, le président des États-Unis est important. Mais jamais nous n’avons vu et entendu
autant d’images et de commentaires sur Barack Obama, Bill Clinton ou George W.
Bush. Couvrir les moindres déclarations farfelues de Donald Trump, c’est facile et ça ne
coûte pas cher. Les images et le son arrivent directement des grandes agences de
presse. Et comme les médias raffolent des politiciens provocateurs, ils se régalent de
nous imposer un personnage qui dit tout et son contraire d’un jour à l’autre.
Ensuite vient l’analyse — ou devrais-je dire, la suranalyse. D’anciens politiciens, des
spécialistes de l’image et des journalistes chevronnés tentent de deviner les
conséquences des propos du président américain. Et vous savez quoi ? Les personnes
âgées ont peur, les gens anxieux le sont encore plus et les snowbirds sont moins
nombreux cette année aux États-Unis. Heureusement, les marchés boursiers n’ont pas
cédé à la panique trumpienne au cours de la dernière année.
Les médias possèdent un immense pouvoir d’influence et devraient s’en servir avec
rigueur. Or, les bulletins de nouvelles ont d’abord et avant tout besoin de
téléspectateurs, donc de cotes d’écoute. Je vous l’avoue : je commence à décrocher, et
je ne suis sûrement pas le seul à trouver que le traitement de l’information en prend
pour son rhume. En 2026, nous sommes plus instruits que jamais, nous avons accès à
une quantité phénoménale d’information, et pourtant j’ai l’impression que nos grands
réseaux nivellent par le bas.
Oui, la télévision est en crise. Même les émissions de divertissement sont de moins en
moins écoutées. Pierre Karl Péladeau perd beaucoup d’argent et réclame sans cesse
des changements de réglementation auprès du CRTC pour éviter le pire. Pendant ce
temps, des postes de journalistes sont coupés dans toutes les régions du Québec.
Résultat : moins d’histoires d’ici, moins de temps d’antenne pour raconter l’actualité de
chez nous… et encore plus de Donald Trump à l’écran.
Si on se mêlait davantage de nos affaires et si l’accent était mis sur nos réalités locales
et provinciales dans les bulletins de nouvelles, le climat social serait sans doute moins
toxique. Heureusement, Donald Trump n’est que de passage. Mais le désengagement
des citoyens face à une information déconnectée de leur réalité, ça, c’est un problème
qui risque malheureusement de durer