Chroniques

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La chronique Carte Blanche

J’ai mal à ma forêt

Roger Lemay
Le 09 avril 2026 — Modifié à 13 h 48 min le 07 avril 2026
Par Roger Lemay - Rédacteur en chef

Il y a tellement de bruit actuellement, partout, sur le Web, à la télé, à la radio, tellement d’infos et d’opinions sur tout que chaque nouvelle, chaque « dossier », n’a qu’une courte vie. Une information devient obsolète au bout de 48 heures, gros max. Conséquence, beaucoup de sujets sont à peine effleurés. Une clip audio de 15 secondes, un reportage de deux minutes, une photo et quelques paragraphes qu’on ne lit pas jusqu’au bout, et bonsoir, on est partis. Or une nouvelle ayant passé quasi dans le beurre est pourtant de la plus haute importance pour nous. Elle concerne la forêt. Cinq organisations de notre région représentant la filière forestière (coupes, scieries, reboisement) lancent un appel à l’aide, et sont au bord du gouffre. Vous vous dites, ben oui un appel à l’aide comme celui des écoles, du milieu communautaire, comme celui des hôpitaux… Y’a pourtant une grosse différence, fondamentale. Malgré leurs difficultés, les écoles ne fermeront pas, ni les hôpitaux, ni même les organismes communautaires. Mais pour nos entreprises forestières, l’hécatombe est déjà commencée. Petit-Paris, la Scierie Lac-Saint-Jean, la Scierie de Petit-Saguenay sont « out ». Domtar (Résolu), Arbec (L’Ascension), et Boisaco (Sacré-Cœur) vacillent.

Alors pourquoi est-ce si important pour nous ? De quoi parle-t-on quand on pense à l’industrie de la forêt dans notre région ? Qu’est-ce que ça représente ? C’est simple, c’est notre principal employeur. La forêt crée 2 fois plus d’emplois directs que l’aluminium, et 3 fois plus que le secteur agricole. Nos forêts représentent 20% de toutes celles du Québec, et c’est chez nous qu’il y a le plus grand nombre de travailleurs forestiers de la province. Et je ne vous parle même pas des activités liées à la villégiature (parcs, zecs, chasse et pêche).

Or il y a deux problèmes de fond à régler de toute urgence, l’un est conjoncturel, l’autre structurel. Le premier, causé directement par les tarifs de Trump, se traduit par des ventes à perte. Actuellement, on est dans le pire de la crise, du jamais vu. Pour vous donner une idée, le volume de bois se calcule en PMP, ce qui signifie « Pied Mesure de Planche ». C’est l’unité de mesure utilisée dans l’industrie, la formule universelle pour déterminer une quantité de bois. Aujourd’hui pour chaque 1000 PMP vendu, donc 1000 pieds de bois,

une scierie perd entre 100 dollars et 200 dollars. Lorsque vous croisez un camion semi-remorque standard sur nos routes, il contient environ 25 000 PMP. Faites le calcul, pour chaque chargement, une entreprise perd de 2 500 $ à 4 000 $. Impossible d’opérer longtemps comme ça dans le rouge. Le récent budget Girard a donné un peu de répit aux scieries, notamment en éliminant le système de redevances, mais c’est comme mettre un plasteur sur une plaie béante.

Le deuxième problème, structurel, est carrément la faute de Québec et porte la signature d’un gouvernement qui tarde à adopter sa nouvelle politique forestière, s’enlisant dans l’indécision. Le message lancé est clair : triade ou pas, branchez-vous. Nos scieries ne peuvent plus continuer à supporter leur machinerie, leurs usines ni leurs travailleurs, à perte. Elles doivent prévoir l’avenir et sans un approvisionnement garanti, il n’y aura plus d’industrie. Point final.

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